Les syndicats français attendaient avec impatience la réunion de lundi pour en savoir plus sur les raisons de la démission de leur patron, Paul Reutlinger (lire Le Temps du 5 février). Ils ont reçu la réponse. Des désaccords profonds quant à la nouvelle stratégie de SAirGroup sont à l'origine de son départ, quinze jours après celui de Philippe Bruggisser. «Tout est remis en cause. Le pacte est rompu», résume Gilles Nicoli, secrétaire syndical CFDT pour AOM, Air Liberté et Air Littoral. Il n'est en effet plus question de fusionner les trois filiales françaises du groupe helvétique. Air Littoral volera de ses propres ailes, à ses risques et péril. Un comité d'entreprise doit se réunir aujourd'hui à Montpellier avec Paul Reutlinger, au siège de la compagnie, pour en savoir plus sur ce changement de cap. En revanche, la collaboration entre AOM et Air Liberté n'est pas remise en cause.

Outre la non-fusion des trois compagnies, toute la stratégie mise en place par le Thurgovien depuis son arrivée en France au mois d'août de l'an dernier est remise en cause. Il n'est en effet plus question d'acheter de nouveaux avions (A320/A319) pour renouveler la flotte vieillissante des trois compagnies françaises. Il n'y aura pas non plus de nouveau nom pour qualifier la fusion. La marque commerciale, qui ne rassemblera plus qu'AOM et Air Liberté, s'appellera «Air Liberté». Toutes ces mesures sont prises dans la perspective de ne pas dépenser trop d'argent dans le lancement d'une nouvelle marque.

Soutien à LOT

Un autre sujet de préoccupation pour les syndicats est celui de la succession de Paul Reutlinger à la tête des filiales françaises. Il n'est toujours pas question pour eux de retrouver leurs anciens patrons, Marc Dufour et Marc Rochet, respectivement anciens présidents d'Air Littoral et d'Air Liberté. Mais l'actionnariat français ne serait pas mécontent qu'un compatriote reprenne la tête de l'entreprise. Reste à savoir quel candidat le baron Ernest-Antoine Seillière, patron du Medef – qui codétient AOM avec SAirGroup –, proposera.

Du coup, les syndicats ont réitéré leur invitation auprès d'Eric Honegger – PDG ad intérim et président du conseil d'administration de SAirGroup – et de Moritz Suter – nouveau directeur de l'ensemble des activités aériennes du groupe –, à se rendre à Paris le plus rapidement possible. «Nous voulons savoir rapidement quelle stratégie ils veulent appliquer et qui nous aurons comme nouveau patron, explique Gilles Nicoli. Pour le moment, nous sommes sereins. Nous espérons qu'ils viendront avec plus de réponses que de questions.»

Rappelons que la nouvelle direction de SAirGroup a décidé, depuis le licenciement de Philippe Bruggisser, de revoir toute sa stratégie concernant les filiales européennes regroupées sous le label Qualiflyer. Ces prises de participations ont coûté très cher à la compagnie helvétique. Les experts articulent des pertes estimées à 1 milliard de francs. Dans cette vaste marche arrière, le groupe a annoncé précédemment son retrait de la privatisation de TAP Air Portugal et de Turkish Airlines. En revanche, il conserve son soutien à South African Airways et à la compagnie polonaise LOT.

En outre, SAirGroup va au-devant d'une échéance importante. Les négociations avec Sabena le 8 février et la publication de ses résultats le 12 mars. Les analystes prévoient déjà une recapitalisation du groupe, même si pour le moment les comptes manquent de visibilité. D'autre part, SAirGroup devra affronter, comme ses concurrents, les problèmes conjoncturels aux Etats-Unis et en Europe. Ceux-ci devraient entraîner une baisse d'occupation dans les avions.