Le bras de fer est engagé en Europe entre grands et petits pays, entre partisans de la souplesse et tenants de la ligne dure avant le Sommet des 22 et 23 mars, au cours duquel les chefs d'Etat et de gouvernement devraient adopter une réforme du Pacte de stabilité et de croissance.

Jean-Claude Juncker, qui cumule les fonctions de premier ministre et de ministre des Finances luxembourgeois, tout en présidant l'Eurogroupe (le club des douze pays de l'euro) n'a pas caché sa déception mardi. Il a menacé de ne pas soumettre de texte aux chefs d'Etat si les ministres des Finances ne parviennent pas à s'entendre le 20 mars prochain, en réunion extraordinaire. «Je n'exclus pas que nous restions au pacte tel qu'il est, a-t-il prévenu. On ne fera pas une réforme et un compromis pour avoir un compromis et une réforme.» Pas question, autrement dit, de laisser les seuls chefs d'Etat et de gouvernement décider de l'avenir des finances publiques en Europe.

L'énervement qu'affichait Jean-Claude Juncker n'était pas sans rapport avec l'intervention directe, dans ce débat de financiers, de Jacques Chirac et de Gerhard Schröder. Les deux ont appelé lundi à une application plus «politique» – entendez plus souple – de la règle budgétaire européenne. Or, Jean-Claude Juncker a fermement repoussé l'idée «d'arbitraire politique» dans un pacte qui, à son sens, doit rester «économique». Il a également plaidé en faveur de «l'égalité de traitement entre les différents Etats membres qu'ils soient grands ou moins grands».

Déduire les dépenses militaires?

Les Douze avaient passé la nuit de lundi à mardi à discuter d'une réforme, sur la base d'un compromis luxembourgeois. Ils se sont quittés à deux heures et demie du matin, d'accord pour ne pas modifier les grandes lignes du pacte (notamment les seuils à ne pas dépasser de 3% du déficit public et de 60% de la dette par rapport au PIB). Mais ils ne se sont pas entendus sur les «facteurs pertinents» à prendre en compte pour appliquer avec souplesse la procédure de rappel à l'ordre et in fine de sanctions qui démarre lorsque les déficits publics d'un Etat dépassent les 3%. La discussion à vingt-cinq ministres des Finances n'a pas été plus fructueuse. Les nouveaux Etats qui doivent consentir des sacrifices pour rejoindre l'euro se sont montrés peu enclins, à l'instar de l'Autriche ou des Pays-Bas, à lâcher la bride aux grands pays.

Faut-il dresser une liste précise de ces «facteurs pertinents»? Si oui, que doit-elle contenir? Voilà la question ouverte. Si le coût des réformes structurelles ou les dépenses de recherche et d'aide au développement pourraient être pris en compte, l'Allemagne pose un problème important à beaucoup de pays en jugeant que le coût de sa réunification doit figurer sur cette liste, tandis que la France veut y mettre les dépenses militaires.

Ironique à défaut de se montrer optimiste, Jean-Claude Juncker a invité tout le monde à se retrouver le 20 mars pour «l'autopsie» du Pacte de stabilité et de croissance.