De l'est à l'ouest du Continent, un concert de louanges – sans doute soulagé – a salué lundi l'assouplissement du Pacte de stabilité et de croissance, achevé dimanche soir par les ministres des Finances européens. Seules fausses notes dans ces réjouissances, celles des banques centrales européenne et allemande. Toutes deux se sont dites inquiètes et ont laissé entendre qu'une relève des taux d'intérêt n'était pas à exclure.

Gerhard Schröder, pour qui cette réforme semble avoir été taillée sur mesure, a eu le triomphe modeste: c'est un «bon résultat», a jugé le chancelier allemand, qui a assuré, peut-être à l'attention des banques centrales, que l'Allemagne n'en profiterait pas pour se livrer à des extravagances budgétaires et maintiendrait son objectif de réduction des déficits.

C'est l'Allemagne elle-même qui avait voulu ce pacte au moment d'abandonner son Mark. Théo Waigel, ministre des Finances allemand de l'époque, n'a pas caché sa déception: cette réforme est «un péché à l'égard de nos enfants», a-t-il déclaré dans la presse allemande citée par l'AFP, rappelant que la mise en place du premier pacte visait précisément à empêcher que chaque pays ne puisse mettre en avant des revendications spécifiques, ce qui se retrouve désormais au cœur de la nouvelle règle européenne.

A Paris, on s'est félicité également du retour en force du politique dans un pacte jugé beaucoup trop mécanique. Si les deux «grands», Allemagne en tête, ont su dicter leurs conditions dans cette réforme du pacte, les autres pays y trouvent aussi leur compte. A commencer par l'Italie qui évite que l'ampleur de sa dette publique ne l'expose à de sérieux problèmes en Europe. L'opposition italienne ne s'y est pas trompée: Piero Fassino, leader des démocrates de gauche, juge en effet que ce problème «assez grave» n'était pas résolu dans la nouvelle mouture du pacte. Athènes qui affiche, après les Jeux olympiques, un déficit de 6,1% en 2004, voit déjà une possible prise en compte de «ses investissements dans les infrastructures» et se réjouit surtout de l'allongement des délais qui lui donne plus de temps pour revenir à un déficit de 3% de son PIB.

Du côté des pays de l'Est, qui avaient d'abord montré une certaine mauvaise humeur face aux prétentions des grands pays durant les débats, on est satisfait que les réformes des retraites soient désormais écartées de l'évaluation des déficits publics. La Hongrie et la Pologne, notamment, y trouvent l'assurance de rejoindre rapidement la monnaie unique.

Le président de la Commission, José Manuel Durao Barroso, s'est lui aussi réjoui de cet «accord très difficile entre flexibilité et stabilité». Il voit aussi dans ce «pacte rajeuni», un «ami» de la stratégie de Lisbonne – qui veut créer de la croissance et des emplois en Europe – dont il a fait sa priorité. Si les Néerlandais, partisans de la rigueur, semblent accepter le compromis, le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel a prévenu qu'il faudrait à ce pacte «une valeur ajoutée européenne».

L'économiste et professeur à l'Institut universitaire de hautes études internationales de Genève Charles Wyplosz juge que les ministres des Finances européens ont manqué d'ambition dans leurs travaux de réforme en ne touchant pas aux valeurs de références du pacte – 3% du déficit et 60% de la dette par rapport au PIB: «Dès le départ, c'était un pacte qui avait une grande gueule et pas beaucoup de muscles. On n'en est pas sorti. Disons, que ce qui vient de se passer rend sa mort quasi officielle.» Son adoption avait déjà été un «coup de force des grands pays», et il «va devenir une mécanique extrêmement politique où les grands pays s'en sortiront beaucoup mieux que les petits». Seul bémol: «Sans le pacte, admet-il, les déficits français et allemands seraient probablement plus importants.»