Technologie

Paiement par mobile: la Suisse sous pression

Les services concurrents Paymit et Twint permettant de payer avec son smartphone sont encore très perfectibles. Leur fusion envisagée devrait permettre à une solution suisse de faire face à l’arrivée prévue de Google et Apple sur ce marché dans les prochains mois

Clips sur Internet, annonces au cœur des applications utilisées par les jeunes adultes, grandes affiches dans la rue… Depuis quelques jours, impossible d’échapper à la nouvelle campagne de publicité massive autour de Twint. Postfinance, éditeur de l’application de paiement mobile, fait le forcing pour imposer son service en Suisse. Ce coup marketing tombe alors qu’une course contre la montre a débuté. Le 30 mars, les promoteurs de Twint et du service concurrent Paymit ont annoncé que la guerre à laquelle ils se livrent depuis des mois pourrait prendre fin. Ainsi, Credit Suisse, PostFinance, Raiffeisen, UBS, la Banque Cantonale de Zurich, le prestataire de services d’infrastructure financière SIX, Coop, Migros et Swisscom envisagent une fusion entre les deux services sur smartphone, avec une première décision devant intervenir début mai au plus tard. Twint et Paymit sont sous forte pression: d’ici quelques mois, Apple Pay, voire Android Pay, pourrait attaquer le marché suisse.

En théorie, les deux applications suisses sont déjà au top. «Twint fonctionne aussi simplement que ça: installe l’app, connecte ton compte postal ou bancaire ou charge simplement de l’argent, puis paie avec ton smartphone – c’est tout», vante Postfinance. Sur son site, UBS, l’un des plus grands soutiens de Paymit, est tout aussi enthousiaste pour son service: «Avec UBS Paymit, bye bye le stress: demander directement aux amis le prix des billets, sans avoir à relancer tel ou tel. Les numéros de compte qu’on s’échange, c’est du passé».

En partie du bricolage

En pratique, c’est plus compliqué. Commençons par Twint. Aucun souci pour créer un compte et s’identifier. Mais pour charger de l’argent sur son compte Twint, fini la simplicité. Il faut par exemple remplir un bulletin de versement pour créditer son compte, opération qui prend plusieurs jours. Ou alors se rendre dans un office de poste, glisser un billet de 20 ou 50 francs au guichet, prendre un ticket sur lequel est imprimé un numéro et un QR code, le scanner avec l’appareil photo de son smartphone, pour enfin voir son compte Twint crédité. Les clients de Postfinance, de la Banque cantonale de Schaffhouse ou encore de l’Hypothekarbank Lenzburg (il y en a quinze au total) ont plus de chance: ils peuvent lier directement compte à Twint pour un débit direct. Pour les autres clients, c’est encore du bricolage. Postfinance affirme que, «sous peu», plus de cinq millions de Suisses pourront connecter directement leur compte bancaire à Twint.

Pour Paymit, la mise en marche du service est aussi très simple. Et envoyer et recevoir de l’argent est aisé. Il suffit d’enregistrer son numéro IBAN au sein de l’application pour échanger de l’argent avec ses amis. Le service permet de voir, sur son smartphone, qui nous a remboursé 23 francs. Par contre, sur son relevé bancaire classique, aucun nom n’apparaît – impossible donc d’identifier cette personne.

4000 magasins partenaires de Twint

Au-delà des promesses, les deux services souffrent donc d’erreurs de jeunesse, voire de manques. Directeur de Twint au sein de Postfinance, Thierry Kneissler est optimiste. «Depuis l’été passé, nous avons sans cesse amélioré le service. Il est possible de payer dans 12 000 caisses de 4000 magasins en Suisse avec Twint. Et dès la fin de l’été, de très nombreux clients de banques, notamment romandes, pourront lier directement leur compte à Twint». Pour le responsable, Twint est un succès: «L’application a été téléchargée entre 150’000 et 200’000 fois et chaque jour, plusieurs milliers de transactions sont effectuées. Bien sûr, Coop est un partenaire très important avec 1100 magasins équipés de bornes Twint, mais il y en a aussi 2900 autres».

L’exemple de la BCV

La Banque cantonale vaudoise (BCV), à l’avant-garde sur smartphone et dont l’application intègre Paymit depuis quelques jours, croit fermement aux services sur mobile. «La mise à jour que nous venons de lancer est, pour nous, la plus importante de ces dernières années, nous sommes vraiment au cœur d’une révolution numérique. Il y a une très forte demande de la part de nos clients pour de nouveaux services et nous avons beaucoup de projets en cours», assure Xavier Blanc, responsable de projets e-Banking et m-Banking au sein de la banque.

Selon lui, le smartphone commence même à remplacer l’ordinateur:
«Certains de nos clients font tout sur téléphone et ne se connectent plus à BCV-net sur leur PC. Et plus nous offrons de services sur mobile, plus nos clients s’y connectent». Mais est-ce un gage de réussite pour les paiements via smartphone dans les magasins? «Sans doute, car nos clients se sentent de plus en plus à l’aise, d’autant que nous augmentons sans cesse les niveaux de sécurité», complète Xavier Blanc.

Bientôt des cartes de fidélité

Pour que le probable croisement entre Paymit et Twint réussisse, il faudra qu’il élargisse considérablement ses possibilités. Twint est aujourd’hui plus complet que son concurrent, puisqu’il permet de payer à des caisses, dans 100 magasins en ligne, de s’échanger de l’argent entre particuliers ou encore de commander à l’avance des plats pour aller les chercher ensuite. Mais hormis Coop, il n’y a pas de grande chaîne qui soit partenaire de Twint. Migros devrait suivre, mais pas avant, a priori, début 2017. A Lausanne, on trouve par exemple des fleuristes, des pharmacies ou des restaurants de sushis. Et sur l’ensemble de la Suisse, six restaurateurs proposent de commander un plat à l’avance. «Chaque jour, nous comptons davantage de partenaire, la liste s’étoffe sans cesse, se défend Thierry Kneissler, responsable de Twint. Nous sommes aussi en train de proposer, à des petits commerçants, des cartes de fidélité intégrées dans l’application. Cela leur donnera davantage de visibilité et facilitera encore plus la vie des clients».

Cartes de crédit concurrentes

Les promoteurs de Twint que de Paymit le reconnaissent sans peine: leur plus grand ennemi, à court terme, ce sont les cartes de crédit qui permettent de payer sans contact jusqu’à des montants de 40 francs. Mais ils sont aussi menacés par de nouvelles initiatives parallèles. Sunrise a ainsi lancé la semaine passée, pour ses clients et uniquement sur des smartphones Android, la possibilité de payer applications, jeux, musiques, films et billets d’entrée via sa facture mensuelle de téléphone.


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