Le paiement mobile concurrence les cartes bancaires

Technologie PostFinance lance son application Twint en Suisse romande

La concurrence s’annonce rude avec l’apparition attendue de nombreuses offres alternatives pour smartphone

Les services de paiement par smartphone se multiplient en Suisse. Lundi, PostFinance a lancé son application Twint en Suisse romande. Six magasins lausannois sont déjà équipés des bornes vertes de l’application, qui permet de relier gratuitement son portable à n’importe quel compte bancaire ou postal. Twint sera également lancé à Genève dans les prochaines semaines.

Au stade de Suisse à Berne, il est déjà possible de payer à la buvette grâce à ce système. Coop teste Twint sur plusieurs supermarchés et espère généraliser le système sur tous ses points de vente «d’ici au deuxième semestre 2016». Les CFF effectuent aussi des tests pilotes. En tout, une cinquantaine de magasins, bars ou restaurants sont déjà partenaires de Twint en Suisse.

Pas encore de quoi menacer les autres moyens de paiement. Mais Thierry Kneissler – directeur de cette filiale de PostFinance basée à Berne et employant une dizaine de personnes – espère bien séduire les commerçants en jouant sur la corde sensible: «Les vendeurs ne comprennent plus pourquoi, à chaque transaction, ils doivent payer 2 à 3% de frais. Pour nous, il était stratégiquement fondamental de proposer les commissions les plus basses.» Les taxes sur les transactions seront plafonnées à 20 centimes pour les transactions de plus de 100 francs. Les bornes Twint coûtent 95 francs pièce contre quelque 1500 francs pour les terminaux mobiles traditionnels.

Patrick Bühler, copropriétaire d’Aegon + Aegon à Lausanne, a doté sa boutique d’objets de design et de décoration du système Twint. Il a été convaincu par ces solutions de paiement lors d’un voyage en Belgique: «Là-bas, c’est beaucoup plus courant. Cela permet d’éviter les commissions onéreuses et de simplifier la vie de l’acheteur.» Après avoir téléchargé l’application et relié son compte bancaire ou postal à son porte-monnaie numérique, il suffit d’activer le réseau sans fil Bluetooth de son smartphone et de le poser sur la borne Twint. Un message permettant de confirmer la transaction apparaît alors sur l’écran. Selon ses développeurs, Twint garantit un niveau de sécurité égal à celui de la banque en ligne.

Pourtant, sur le marché des paiements mobile, la concurrence sera rude. Jeudi, Migros a lancé son propre système de paiement par smartphone (relié à un compte bancaire Migros ou à une carte de crédit). L’opérateur Swisscom a, lui, décidé de renoncer à son application Tapit pour s’allier à SIX, UBS et la Banque cantonale de Zurich qui développent Paymit. Pour l’instant, cette application permet uniquement d’envoyer et de recevoir de l’argent de ses amis. Mais le système devrait vite évoluer pour permettre d’effectuer des achats en magasin ou en ligne. L’arrivée prochaine des applications Android Pay de Google (qui devrait sortir cette semaine aux Etats-Unis), Apple Pay (déjà sorti outre-Atlantique) ou Samsung Pay (qui sortira le mois prochain en Corée du Sud) pourrait bouleverser le marché suisse.

Une perspective qui ne fait pas trembler Thierry Kneissler: «Nous arrivons en premier sur ce marché. Cela devrait nous donner un avantage concurrentiel.» Les nouveaux venus devront en effet négocier avec les grands distributeurs afin de les équiper avec leurs systèmes respectifs.

Twint sera, lui, bientôt couplé avec des cartes fidélité ou client comme la Supercard de Coop. Des promotions pourront être envoyées par les commerçants aux clients qui ont accepté que leurs données soient utilisées. Céline Kalas, de la boutique lausannoise Little Miss Design, espère que ce système lui permettra de cibler ses clients pour leur proposer des promotions: «Il faut à présent séduire les consommateurs. Quand les grands magasins adopteront le paiement mobile, je suis sûre que le public suivra.»

«Nous arrivons en premier sur ce marché. Cela devrait nous donner un avantage concurrentiel»