Conférence

Le Panama se sent injustement mis à l’index

Invitée au Symposium de St-Gall, Eyda Varela de Chinchilla, vice-ministre des Finances de Panama, a insisté sur les efforts déjà entrepris par le pays d’Amérique centrale pour améliorer la transparence de sa place financière

Si les discussions sont souvent animées lors du 46e Symposium de St-Gall, la présentation effectuée par Eyda Varela de Chinchilla, vice-ministre des Finances de la République de Panama, a donné lieu vendredi à un débat particulièrement controversé. Invitée à participer à l’événement bien avant l’éclatement de l’affaire des «Panama papers» début avril, la représentante de la première place financière d’Amérique centrale s’est efforcée à replacer la divulgation des documents provenant de la société de conseil panaméenne Mossack Fonseca dans un contexte plus large.


«Soi-disant Panama papers»

Et d’énumérer plusieurs aspects qui relativisent le rôle joué par Panama dans ce dossier. «Dans les soi-disant Panama papers, une seule compagnie était réellement panaméenne alors que des dizaines de milliers de sociétés qui y sont mentionnées étaient en réalité basées dans d’autres juridictions», a-t-elle argumenté. De même, la plus grande partie de l’argent concerné par les documents révélés par le Consortium international de journalistes d’investigation «n’était pas déposée à Panama, mais au Brésil, en Europe ou ailleurs», a-t-elle illustré. Autre argument: parmi toutes les sociétés offshore citées dans cette masse de documents, seules 20% d’entre elles étaient effectivement basées à Panama, a-t-elle mis en perspective.

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Comment expliquer toutefois que les noms de personnalités connues ou politiciens du monde entier, y compris David Cameron, aient recouru à des sociétés basées au Panama? Sans se laisser déstabiliser par la question posée par l’animateur du débat travaillant pour la BBC, Eyda Varela de Chinchilla a réaffirmé son credo: «L’argent de la plupart des personnalités connues citées dans les Panama papers n’était pas déposé au Panama». Selon la vice-ministre, d’autres pays ont mis en place ou toléré des systèmes qui ont permis à certains de leurs citoyens de dissimuler de l’argent au fisc. «Il n’est pas illégal de créer une société offshore. Ce qui illégal, c’est de les utiliser à mauvais escient», a-t-elle souligné.


Collaboration accrue avec l’OCDE

La responsable a aussi rappelé les nombreux efforts entrepris ces dernières années par Panama pour se conformer aux règles internationales en matière de transparence fiscale. L’automne dernier, le pays d’Amérique centrale a adopté les principes de l’échange automatique d’informations en matière fiscale définis par l’Organisation de coopération et de développement (OCDE) qui devront entrer en vigueur à partir de 2018, à l’instar de nombreux autres pays, dont la Suisse. Dans un premier temps, l’échange automatique de renseignements ne sera toutefois appliqué que sur une base bilatérale par le Panama. Pourquoi ne pas l’appliquer d’emblée de manière multilatérale? «Tous les membres de l’OCDE n’ont de loin pas encore adopté cet accord sur une base multilatérale», s’est défendue la vice-ministre des Finances.

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Une économie diversifiée

La manifestation organisée par l’Université de St-Gall a aussi permis à Eyda Varela de Chinchilla de souligner que l’économie de son pays ne dépend pas que du secteur financier. «La finance représente 10% du PIB de Panama, le commerce environ 20%. Nous sommes une économie orientée vers les services. Dans ce contexte, la part de 10% du PIB qui revient aux services financiers n’a rien d’étonnant», a-t-elle mis en perspective. Selon la vice-ministre des Finances, la forte croissance affichée par le pays au cours de la dernière décennie résulte avant tout des conditions-cadres attrayantes offertes, notamment une fiscalité avantageuse pour les entreprises.

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