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Pascal Saint-Amans, directeur du centre de politique fiscale de l'OCDE.
© DAN HIMBRECHTS

«Panama Papers»

«Panama a une attitude extrêmement agressive d’obstruction»

Avec la fuite de données qui le vise, Panama récolte le fruit de sa politique de non-coopération en matière fiscale, selon Pascal Saint-Amans de l’OCDE

Pascal Saint-Amans a été de toutes les batailles pour la transparence des centres offshore depuis 2008. Il est aujourd’hui à la tête du centre de politique fiscale de l’OCDE.

Le Temps: Est-ce une surprise pour vous de voir Panama visé par une nouvelle fuite de données géante?

Pascal Saint-Amans: Non, car c’est le dernier centre financier qui a refusé d’appliquer les standards internationaux de transparence fiscale. Si vous regardez les chiffres, on voit que le business [de l’opacité] est en régression dans le monde, et en concentration à Panama. On voit que l’étude d’avocats concernée par la fuite [Mossack Fonseca] est contrainte de fermer ses antennes dans plusieurs pays, parce que ceux-ci abolissent les actions au porteur. On voit que la majorité des clients non déclarés se régularisent, et que ceux qui ne le font pas vont au Panama.

Lire aussi: Le Panama dans la tourmente

– Quelle a été l’attitude du Panama face à l’offensive de transparence de l’OCDE?

– C’est une opposition frontale et politique. Une attitude extrêmement agressive d’obstruction, avec des attaques contre le secrétariat de l’OCDE, considéré comme mal intentionné. Il y a eu rupture du dialogue entre eux et nous, parce que nous estimions qu’ils avaient fait très peu de progrès, et eux estimaient qu’ils en avaient fait. Même lorsque nous leur avons dit: «La Suisse bouge, n’allez-vous pas bouger aussi?», ils n’ont pas bougé. Il y a eu une pression très forte des cabinets d’avocats sur le gouvernement panaméen, via le parlement, pour que rien ne bouge. Parce que c’est un business important pour ces études, qui ont cru pouvoir profiter du fait que beaucoup d’autres pays se sont mis en règle.

– Quel est le statut de Panama aujourd’hui? Sont-ils sur liste noire, grise?

– Il n’y a pas de liste. Mais nous évaluons les pays, nous disons qui selon nous fait les choses bien, et qui ne les fait pas bien. Panama n’a pas encore été évalué sur l’échange d’informations à la demande, mais cela s’annonce très difficile pour eux. Malgré ce qu’ils ont dit au G20, ils ne se sont pas engagés en faveur de l’échange automatique d’informations. Ils n’ont pas signé la convention multilatérale sur ce sujet. Ils utilisent encore des actions au porteur, qui sont l’ultime voile d’opacité avec les trusts, et qui n’existent presque plus nulle part, sauf au Panama. Et en Suisse.

– La Suisse a décidé de les abolir, mais elle est lente. Vous la compareriez au Panama?

– Non, parce que même si la Suisse est lente, la direction qu’elle a prise en faveur de la transparence est extrêmement claire. Alors que dans le cas de Panama, il y a un risque que les ministres des Finances du G20, qui se réunissent dans 15 jours à Washington, finissent par taper du poing sur la table.

– Cette fuite tombe bien pour vous, finalement, non? Est-ce un moyen de faire plier un pays que vous jugez récalcitrant?

– Nous n’avons rien à voir avec cette fuite, et nous jugeons très regrettable qu’on en arrive là. Mais quand vous avez un pays qui bloque tout, vous avez un moment où l’information finit par déborder.

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