Alors que les emprunts de l’Etat espagnol se rapprochent de la catégorie des titres «pourris» aux yeux des agences de notation, la cause semble entendue. La communauté financière aurait adopté comme mot d’ordre le «tout sauf la zone euro». Attitude confirmée cette semaine par la société d’investissement française Carmignac, qui a indiqué ne plus détenir aucune obligation émise par les pays de l’union monétaire. Pas même des Bund allemands. Bill Gross, gourou officiant pour Pimco, le géant américain du secteur, ne dit pas autre chose.

Le suivi des capitaux transfrontaliers réalisé par le bureau EPFR semble confirmer cette tendance du «n’importe où sauf en Europe». La semaine dernière, les fonds de placement internationaux dédiés aux obligations européennes ont connu des retraits d’une ampleur inconnue depuis décembre. Même les produits dédiés aux emprunts allemands «sont dans la ligne de mire, l’engouement dont ils bénéficiaient depuis près de trois mois touchant à sa fin», avertit l’EPFR.

Ces avertissements restent cependant tempérés par la masse silencieuse des grandes institutions – caisses de retraites, compagnies d’assurance – qui, elles, restent simplement aux aguets. Les données de la Banque centrale européenne reflètent certes une concentration des placements sur les emprunts des pays les plus sûrs. Mais pas de ventes paniques. Un comportement qui vaut aussi pour nombre d’institutions suisses. «La plupart des caisses de pension travaillent sur la base d’indices de référence – dans lesquels il y a des obligations et des actions de la zone euro – qui donnent le ton de la stratégie adoptée», explique Pascal Frei, associé au sein de PPCmetrics à Nyon. C’est l’évaluation des agences de notations qui décide de l’intégration d’un titre dans un indice. Et donc dans le portefeuille d’une caisse de pension. Sous le seuil BBB cela ne passe pas. L’Espagne et l’Italie restent encore au-dessus.

Bien sûr, il reste la possibilité de gérer une partie de la caisse de pension de façon active. Et de décider de jeter à la mer tous les emprunts d’Etat européens. «En éliminant un risque on en prend d’autres et rien n’est simple: de toute façon si une crise majeure balaie vraiment la zone euro, les pertes seront encore beaucoup plus importantes sur les actions…» rétorque Pascal Frei. Comme le souligne Franck Janura, directeur adjoint de la maison Dynagest à Genève, l’ironie veut que «ce [soient] les nouvelles règles prudentielles imposées aux banques et aux assureurs qui favorisent leurs placements dans des titres d’Etat».

La question reste de savoir ce qui leur ferait déserter ces titres. Un retour de l’inflation, un effondrement économique, ou l’abaissement de la notation des pays les plus solides viennent à l’esprit. «Qu’est-ce qui ferait fuir ces institutions? La déconstruction d’une union monétaire jusque-là centrée autour de l’Allemagne; là réside le nerf de la guerre», ajoute de son côté Franck Janura. Le sommet européen du 28 juin donnera la mesure d’un éventuel virage dans la gestion de la crise en Europe.

«Si une crise majeure balaie la zone euro, les pertes seront bien plus importantes sur les actions…»