Panique sur les marchés chinois

Asie La place boursière chinoisea chuté de 30% après l’éclatement d’une bulle spéculative

Pékin a prisdes mesures, mais sans succès jusqu’ici

Cette correction est jugée sans danger par les analystes suisses

La deuxième économie mondiale est-elle en train de dérailler? Mercredi, l’échange de titres de la moitié des sociétés chinoises cotées en bourse était interrompu pour stopper leur dégringolade. Après Shanghai et Shenzhen, la contagion gagne le marché hong­kongais où le géant de l’énergie Sinopec a suspendu sa cotation.

Jeudi, la bourse de Shanghai rebondissait, grimpant de 5% dans des échanges d’une volatilité extrême, après l’annonce de nouvelles mesures drastiques des autorités pour enrayer la longue débâcle des marchés chinois.

Peu après la reprise des échanges à mi-séance, l’indice composite shanghaïen gagnait 5,30%, à 3693,14 points.

Il avait plongé de 3,81% après l’ouverture, puis remonté par à-coups, avec de vives fluctuations. Shanghai avait dévissé de pratiquement 6% mercredi.

En l’espace de trois semaines, la capitalisation boursière chinoise s’est effondrée de 30%, effaçant au passage 3200 milliards de dollars, l’équivalent de la capitalisation boursière cumulée de la France et de l’Espagne. Une chute qui relègue les problèmes de dette de la Grèce à un épiphénomène en regard des risques qu’elle fait peser sur l’économie mondiale, font remarquer des économistes.

Pour les autorités chinoises, qui promettent depuis deux ans une restructuration de l’économie sur les principes des mécanismes de marché, le défi est de taille. C’est leur crédibilité qui est désormais questionnée alors que des millions de petits porteurs voient leurs économies fondre ou tout simplement disparaître. «Cela me rappelle Taïwan dans les années 1980, commente Jean-Pierre Lehmann, professeur émérite à l’IMD à Lausanne. On parlait alors de la République casino.»

Comment en est-on arrivé-là? Aucun doute sur le diagnostic: une bulle s’était formée avec un indice boursier qui avait gonflé de 150% en moins de douze mois. Au mois de mai, il s’ouvrait en Chine 4 millions de nouveaux comptes de transactions boursières chaque semaine. Ce n’était plus un simple engouement boursier – par ailleurs déconnecté des performances économiques du pays dont la croissance s’est tassée. «Les gens sont devenus dingues, les étudiants se ruaient pour jouer en bourse, m’expliquent mes contacts en Chine, poursuit Jean-Pierre Lehmann. C’est un effet de troupeau qui a créé une bulle.»

Lorsqu’une bulle se forme, arrive un moment où elle doit éclater. On parle alors de correction. C’est là que les interprétations divergent en Chine même. Fallait-il laisser le marché agir, se purger de lui-même, ou le gouvernement n’avait-il pas d’autre choix que d’intervenir pour éviter une contagion au système financier, voir à l’ensemble de l’économie comme ce fut le cas aux Etats-Unis huit ans plus tôt? A partir du 23 juin, Pékin a décidé d’agir: d’abord pour limiter la capacité d’emprunts des petits porteurs – qui avait été élargie en novembre dernier – afin de stopper la formation de la bulle; puis en forçant les banques et les sociétés de courtage à maintenir leurs positions pour freiner le mouvement de panique qui s’est ensuivi. Enfin en suspendant la cotation de la majorité des sociétés en main de l’Etat. Lundi, le premier ministre Li Keqiang est intervenu devant des investisseurs pour leur assurer que le gouvernement avait le contrôle de la situation et les rassurer sur les fondamentaux de l’économie.

Porte-étendard du camp libéral, le magazine économique Caixin déplore cet interventionnisme alors qu’aucun risque systémique menaçait le secteur financier. «Malheureusement, les autorités de régulation ont à nouveau cédé aux pressions et ont pris des mesures qui ne relèvent pas de leur compétence», commente le journal. C’est du coup l’avenir des réformes de l’ensemble du système financier qui pourraient être tuées dans l’œuf.

Le trou d’air du marché boursier chinois représente-t-il tout de même un danger pour l’économie mondiale? «Très difficile à dire, estime Jean-Pierre Lehmann. Le manque de transparence reste trop important pour juger. Mais cela crée de l’incertitude et beaucoup de rumeurs circulent.» Economiste pour le groupe Gavekal Dragonomics à Pékin, Chen Long relativise l’impact de cette crise. «Le marché boursier chinois, écrit-il dans la revue en ligne Chinafile, est toujours dominé par les investisseurs particuliers locaux alors que les investisseurs étrangers ne détiennent que 2% de ces avoirs. Les investisseurs chinois ne possèdent par ailleurs que très peu de biens financiers sur le marché international, excepté les réserves de changes. Du coup, une correction du marché en Chine ne peut qu’avoir un effet contagieux limité pour le reste du monde.» L’économiste minimise également le risque de contagion au système financier chinois. Le financement d’entreprise par émission d’action reste en effet «assez marginal» avec 5% du montant total des investissements.

Au diapason des autorités, les médias chinois n’accordent qu’une place mesurée à ce décrochage boursier. Mercredi, l’agence officielle «Chine nouvelle» publiait toutefois un long article pour tordre le cou aux nombreuses «rumeurs» entourant le marché des actions.

«Cela me rappelle Taïwan dans les années 1980»

«Chine nouvelle» tord le cou aux nombreuses «rumeurs» du marché