Tout s'est passé très vite, lundi matin, sur la Bourse électronique Virt-x où sont cotées les grandes capitalisations suisses.

La journée s'annonce d'emblée difficile pour Novartis. Au petit matin, le groupe bâlois annonce que les autorités sanitaires américaines étendent de trois mois leur revue du Galvus. L'enjeu est important: les analystes attendent du Galvus un chiffre d'affaires de l'ordre du milliard de dollars pas an. De grands groupes pharmaceutiques ont déjà dévissé de 20% après le retrait du marché d'un médicament prometteur.

Sans surprise, à 9 heures, lorsque la Bourse ouvre, l'action Novartis démarre la séance en baisse. Les premières transactions sont réalisées à 71 francs, soit 3,7% en dessous de leur cours de clôture de vendredi soir.

Le cours glisse ensuite à 70 francs, puis 68 francs, 67 francs et finalement 66,5 francs. En quelques instants, la chute atteint 9,8% par rapport au cours de clôture de vendredi. La prochaine transaction est inscrite à 66,5 francs, mais elle ne sera pas réalisée. A 9 heures et 24 secondes, l'action Novartis est suspendue. Cette pause intervient automatiquement dès qu'un titre bouge trop vite de plus de 10%. Dans le cas présent, il ne s'est écoulé que quatre secondes entre la première transaction et la suspension. Dans ce laps de temps, près de 200 transactions ont été réalisées pour un montant de 6 millions de francs. 85000 actions ont changé de mains. Les investisseurs qui ont vendu leurs titres en panique ont réalisé une perte proche du demi-million de francs par rapport à leurs positions de vendredi.

Cinq minutes plus tard, à 9 heures, 5 minutes et 24 secondes précises, les transactions reprennent au cours de 71,6 francs. La séance se déroule normalement jusqu'en soirée. Novartis remonte encore un peu pour clôturer à 72,95 francs. Le coup de sang du matin aurait pu être presque oublié si Virt-x n'avait pris une décision assez exceptionnelle.

«Déviation significative»

«Toutes les transactions sous le cours de 70 francs ont été annulées», déclare le porte-parole de la Bourse suisse qui s'exprime pour sa filiale Virt-x. Cela concerne la majorité des échanges entre l'ouverture du marché et la suspension. Il invoque la directive 8 de Virt-x sur le traitement des erreurs de transaction. Ce document lapidaire prévoit que Virt-x peut déclarer des transactions «nulles et non avenues» lorsqu'une «déviation significative» du cours est observée. L'appréciation d'une telle situation est laissée à l'entière discrétion de Virt-x. Cette directive 8 est appliquée «plusieurs fois par an». Les annulations de transactions sont notifiées aux membres de la Bourse, mais pas au public. «Je ne peux pas en dire plus», affirme le porte-parole. Les critères qui ont mené Virt-x à sa décision demeurent inconnus.

L'erreur de transaction classique est la faute de frappe. Par exemple, un ordre est placé pour vendre des actions Novartis à 7,05 francs au lieu de 70,5 francs. Ce qui s'est passé lundi matin semble tout différent. Il s'agit plutôt d'un mouvement de panique. Des investisseurs semblent avoir surinterprété la nouvelle sur le Galvus et ont voulu vendre leurs actions très vite. Si le cours Novartis avait continué sa chute, ils se seraient félicités de leur prompte réaction. «Ce sauvetage introduit une asymétrie dans le marché. Tous les intervenants ne sont pas logés à la même enseigne», critique un gérant de hedge fund à Genève.