D’abord, rassurez-vous. Comme moi, vous avez sans doute entendu mardi collègues, parents ou amis vous faire part de leur soulagement: «Ouf, nous avons pu nous déconnecter de Facebook un moment, c’était si agréable de ne pas être harcelé de notifications.» Tant mieux pour eux. Ce débat ne m’intéresse guère et je ne vais pas épiloguer à ce sujet.

Non, ce qui me semble aujourd’hui fondamental, c’est de profiter de cette panne mondiale de six heures pour questionner notre rapport aux géants du numérique. Et, surtout, notre dépendance à leurs services: des Terriens incapables de s’écrire, des employés de centaines de multinationales privés de systèmes de communication interne, des paiements qui ne fonctionnent plus en Inde et même des accès à internet coupés dans certains pays… Au niveau mondial, la défaillance temporaire de Facebook a été un événement majeur.

Au sujet de la panne de Facebook:

La planète est droguée à ses services, très souvent gratuits, qui tendent à se substituer à ceux d’acteurs comme les banques ou les opérateurs télécoms. De par sa puissance, Facebook avale le monde. Mais il n’est pas le seul. Souvenons-nous qu’à la fin 2020, une panne générale chez Google avait causé une cascade de problèmes, des systèmes d’authentification en panne à des babyphones connectés inutilisables, en passant par la paralysie des messageries. Et que dire de Microsoft, dont les logiciels ont envahi écoles, administrations publiques et entreprises: une simple panne aurait des conséquences incalculables.

Nos choix font la différence

Prenons conscience de notre dépendance à ces services. Et agissons. Il y a bien sûr le levier réglementaire pour interdire à ces géants des acquisitions futures de taille, voire pour les forcer à céder des activités ou les empêcher d’entrer dans certains marchés. Les Etats-Unis envisagent ainsi d’obliger Facebook à céder Instagram, voire WhatsApp. C’est possible, mais compliqué, chronophage et à l’efficacité incertaine.

Ce qui semble plus efficace, c’est de réfléchir à notre niveau – citoyen, consommateur, employé ou responsable – sur nos choix. Voulons-nous confier des pans entiers de notre vie numérique, voire physique, à une poignée d’acteurs tentaculaires? Est-il possible de diversifier ses prestataires? Ne serait-ce pas parfois judicieux – et l’on pense au débat sur le cloud suisse – de travailler avec des acteurs locaux?

La tentation de signer avec des multinationales, qui nous aveuglent avec leurs services si efficaces, si bon marché et attractifs, demeurera forte. Mais il en va, sans doute, un peu de notre liberté de prendre le temps de réfléchir à des alternatives. J’ai conscience que ce n’est pas facile. Et parfois même dans certains domaines, ce n’est sans doute déjà plus possible.