Énergie

Les panneaux solaires d’Insolight franchissent un record

Les modules photovoltaïques de la start-up lausannoise ont atteint un rendement de 29%. Presque deux fois plus que les systèmes actuellement sur le marché. De quoi, peut-être, relancer une production européenne étouffée par l’Asie

Une nouvelle performance a été atteinte en matière d’énergie solaire destinée au grand public. Les modules de la start-up vaudoise Insolight ont enregistré un rendement de 29%, selon les résultats validés par un laboratoire indépendant, l’Institut d’énergie solaire de l’Université polytechnique de Madrid (IES-UPM). Pour comparaison, les panneaux en silicium cristallin que l’on retrouve sur les toits ne dépassent généralement pas les 18% de rendement.

Tous les modules solaires convertissent les rayons du soleil en électricité, mais seule une fraction de cette énergie se retrouve transformée en électricité. Ce rendement fait l’objet de toutes les attentions des chercheurs. «La technologie d’Insolight est parvenue à générer un rendement tout à fait remarquable», souligne Christophe Ballif, directeur du Laboratoire de photovoltaïque de l’EPFL.

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Technologie spatiale

Pour parvenir à cette prouesse, Insolight a conçu des panneaux solaires qui reprennent la technologie des cellules photovoltaïques multi-jonctions à très haut rendement utilisées dans le domaine spatial. Le défi était de proposer un produit à un prix compétitif, alors même que les technologies utilisées dans l’aérospatial sont très chères.

Notre système peut être assemblé comme une surcouche sur des panneaux photovoltaïques standards

Laurent Coulot, directeur d’Insolight

La start-up fondée en 2015 a ainsi imaginé une solution qui utilise beaucoup moins de matériau actif tout en étant aussi efficace. Elle a mis au point un système de lentilles qui concentrent les rayons du soleil sur de minuscules cellules solaires. Celles-ci sont fixées à un cadre mobile et se déplacent de quelques millimètres durant la journée, en fonction du soleil, de manière à maximiser le rendement.

«Notre système peut être assemblé comme une surcouche sur des panneaux photovoltaïques standards, souligne Laurent Coulot, directeur et cofondateur d’Insolight. Une approche hybride est particulièrement intéressante en conditions nuageuses, lorsque l’efficacité de la concentration diminue afin de maintenir une production d’énergie substantielle sous lumière diffuse.» Les modules ont été testés durant une année entière sur une installation pilote située sur les toits de l’EPFL.

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«Le module sera probablement un peu plus cher à l’achat, mais la différence devrait rapidement être comblée par la quantité d’énergie supplémentaire qui pourra être produite», ajoute Laurent Coulot.

Concurrence asiatique

«La technologie d’Insolight devrait surtout s’adresser au marché des villas individuelles où l’espace en toiture est limité. Avec un rendement de 29%, ces modules pourront générer 50% d’énergie en plus pour une même surface, estime Christophe Ballif. Dans le domaine de l’énergie solaire, tout l’enjeu est d’augmenter les rendements pour produire plus d’électricité et amortir plus rapidement le coût de l’installation. Plus on augmente les kilowattheures au mètre carré, plus on réduit les coûts liés à l’installation ou au câblage des panneaux par kilowattheure.»

Les coûts d’électricité seront encore réduits. Christophe Ballif rappelle un fait: «Actuellement, les grands parcs solaires sont la source d’électricité la meilleur marché.» Pourtant, en Suisse, le solaire ne représente encore que 3% de la consommation d’électricité.

Insolight vise une production de masse de ses modules d’ici à 2022. Elle est en discussion avec plusieurs fabricants solaires pour leur vendre une licence sur la technologie. «Nous espérons rendre les fabricants européens plus compétitifs face aux producteurs chinois», dit Laurent Coulot.


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Les panneaux solaires en silicium cristallin sont effectivement produits à 95% en Chine, avec Ja Solar, Tongwei et Trina Solar en tête. En Europe, il reste quelques fabricants de cellules, tels Recom ou 3Sun en Italie, et plusieurs fabricants de modules, dont, en Suisse, 3S Solar Plus ou Megasol. De son côté, Meyer Burger se concentre sur les équipements de production de cellules et de panneaux solaires. Le groupe a transféré sa division Energy Systems à l’entité 3S Solar Plus.

La technologie d’Insolight contribuera-t-elle à donner une nouvelle impulsion à l’industrie solaire européenne? «Cela sera un vrai défi. N’oublions pas que les panneaux classiques en silicium améliorent eux aussi chaque année leurs rendements. On évoque le chiffre de 0,3% annuellement. D’ici à dix ans, le photovoltaïque devrait atteindre 21 à 22% en moyenne. Mais la technologie d’Insolight peut aussi évoluer», fait remarquer Christophe Ballif.

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