Panama Papers

Paradis fiscaux: mis en cause, le premier ministre islandais fait face à une fronde

L'Islande qui avait vilipendé les banques toxiques pendant la crise a découvert avec stupéfaction que son premier ministre avait probablement caché des millions de dollars aux Îles vierges britanniques. Une manif et un vote de défiance vont avoir lieu

Le premier ministre islandais, mis en cause dans l'enquête internationale sur les avoirs de hauts dirigeants dans des paradis fiscaux, devrait affronter cette semaine une manifestation à Reykjavik et un vote de défiance au Parlement.

Soupçonné d'avoir caché des millions de dollars aux Iles vierges britanniques, Sigmundur David Gunnlaugsson a refusé de répondre aux questions des journalistes dans un entretien diffusé dimanche par la télévision suédoise.

«Je n'ai jamais caché d'avoirs», a-t-il affirmé à un journaliste de la télévision publique suédoise SVT, membre du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), avant de quitter la pièce irrité. «C'est un peu comme si vous m'accusiez de quelque chose», s'est-il défendu, visiblement mal à l'aise, avant d'interrompre l'entretien quand les questions deviennent trop pressantes.

Des aveux dès la mi-mars

Selon les documents présentés par l'ICIJ, le chef du gouvernement islandais a possédé, avec sa femme, une société-écran, Wintris Inc, dans les îles Vierge britanniques. Il a cédé ses parts à son épouse en 2009 pour un dollar symbolique.

Elu en 2013 en promettant de rompre avec les pratiques qui avaient entraîné l'île dans la crise financière en 2008, M. Gunnlaugsson est sur la sellette depuis que sa femme a reconnu l'existence de cette société-écran mi-mars.

Selon son porte-parole interrogé par SVT, le couple a scrupuleusement suivi la législation islandaise et déclaré tous ses revenus et biens depuis 2008. Malgré les demandes de la chaîne de télévision, ces déclarations ne lui ont pas été transmises.

Manif et vote de défiance

Plus de 16.000 Islandais ont signé une pétition demandant sa démission et l'opposition va demander un vote de défiance au Parlement. Une manifestation devait se tenir lundi soir dans la capitale islandaise.

Acculé, le chef du gouvernement dénonçait dimanche soir une chasse aux sorcières et assurait que la société de sa femme n'avait jamais bénéficié d'aucun traitement de faveur. 

Hors du gouffre

L'Islande, qui avait été en 2008 le premier d'Europe de l'Ouest en un quart de siècle à solliciter un prêt du Fonds monétaire international, se défait peu à peu de l'héritage de la crise financière qui l'avait touché à cette époque.

Elle a aujourd'hui renoué avec le plein emploi, avec un taux de chômage de seulement 2,8% en janvier.

Trois grandes banques du pays avaient fait faillite lors de la crise après une course effrénée à la croissance internationale et une accumulation d'actifs toxiques, et avaient été démantelées. Leurs cadres dirigeants ont depuis été jugés et envoyés en prison.

L'ex-premier ministre islandais Geir Haarde avait comparu en 2012 devant la Cour de la République, qui l'avait dispensé de peine, le reconnaissant seulement coupable de ne pas avoir convoqué de conseil des ministres à temps.

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