La crise financière fait ressurgir une vieille question: faut-il contrôler plus sévèrement les paradis fiscaux et les pays qui, comme la Suisse, pratiquent le secret bancaire? En France, beaucoup estiment que ces places financières ont joué un rôle dans l'affolement des marchés.

«Quand on cherche un coupable, il ne faut pas aller très loin, les paradis fiscaux [...] ne sont pas loin de nous, en Europe», a expliqué, lundi le leader socialiste François Hollande. Il a accusé ces territoires d'avoir «autorisé les fonds spéculatifs» qui auraient contribué à aggraver la tourmente.

Ce mode de pensée - qui repose encore sur peu de faits tangibles - est aussi répandu au sommet du pouvoir français. Nicolas Sarkozy et son ministre du budget, Eric Woerth, veulent inclure la question des paradis fiscaux à l'agenda de la future «refondation» du système financier mondial. Selon Eric Woerth, une réunion de l'OCDE sur le sujet aura lieu «en octobre ou novembre». Prévue de longue date, elle devait à l'origine se tenir avant l'été (LT du 8 mai 2008).

Mardi, une porte-parole du parti présidentiel UMP, Chantal Brunel a aussi publié un communiqué virulent: «Les paradis fiscaux sont une hérésie fiscale et les petites enclaves qui pratiquent ce dumping fiscal insupportable sont des cailloux dans la chaussure européenne.» Le document réclame «une transparence totale sur les mouvements de fonds et de patrimoine» et estime qu'il faut «s'attaquer au secret bancaire».

Une source proche de l'UMP précise que la Suisse est bien visée par ce texte: «Avec la crise, on sent une inquiétude, il y a des gens qui parlent d'aller mettre leur argent en Suisse, précise-t-elle. Ils ne savent peut-être pas que les banques suisses ont aussi des problèmes... mais je crains qu'il y ait des évasions de capitaux.» Ce qui serait, paradoxalement, une bonne nouvelle pour la place financière helvétique.