La performance financière n'est pas une condition suffisante pour juger le succès d'une stratégie de placement durable, selon Christoph Butz et Olivier Pictet, analystes auprès de Pictet & Cie et auteurs d'une étude sur le «paradoxe» de la performance SRI (investissement socialement responsable). Ils critiquent les «matérialistes» de l'investissement durable et le paradoxe de porter un jugement financier sur un instrument qui intègre deux autres dimensions (environnementale et sociale). «La performance financière est une composante nécessaire, mais insuffisante» pour que le SRI soit crédible. L'attente d'une «surperformance» n'est pas raisonnable «parce que la stratégie durable apporte des externalités positives supplémentaires au profit de la société», explique l'étude. Toute la question est de mesurer cette performance «extra-financière».

Mesurer les émissions de CO2

Les indicateurs environnementaux et sociaux, souvent qualitatifs, ne sont pas aisés à intégrer. En outre, «l'industrie financière peine à supporter l'idée que l'on doive éventuellement présenter un rendement extra-financier inférieur à la moyenne», selon Pictet. La présentation de la performance extra-financière n'est pas une menace mais une chance, selon les auteurs.

Leur approche part du concept de meilleures pratiques («best in class»). Pour l'environnement, Pictet mesure les émissions de CO2 par unité de chiffre d'affaires. L'excès de rendement durable par rapport à un portefeuille traditionnel est évident. Pour un million de dollars investis, la réduction d'émissions est de 35% par rapport à un portefeuille représentant l'indice de référence. Soit 985 tonnes de CO2 contre 1552 tonnes. Les analystes n'investissent pas dans les secteurs les moins polluants, mais dans les meilleures sociétés, au plan environnemental, de l'ensemble des branches d'activités. Et ils ne se limitent pas aux émissions directes des entreprises, mais incorporent les émissions indirectes tout au long de la chaîne de valeur ajoutée. Le rendement social est estimé en fonction des créations nettes d'emplois par million de francs investis. Le rendement social supplémentaire par rapport au «benchmark» est d'un emploi par 20 millions de dollars investis. En 2007, le portefeuille standard présente un rendement social de 2,7%, le portefeuille SRI un rendement de 4,2%. L'excès de rendement social est donc de 1,5%.

Cette nouvelle approche SRI offre un instrument de mesure adéquat pour atteindre les objectifs définis par l'investisseur en fonction des trois dimensions (financier, environnemental et social). Ce dernier doit préciser ses besoins et faire des choix (trade-off).