Au cœur des marchés

Paradoxes de crises

«Historique… Une avancée qui évitera la contagion… Pas le meilleur accord mais meilleur que les alternatives… Perte de souveraineté nationale… Une surveillance intrusive… La qualité de l’accord reposera surtout sur la volonté des acteurs pour l’appliquer…»

Mais de qui parle-t-on ici? Du dernier accord entre la Grèce et ses bailleurs de fonds européens?

Non, il s’agit de citations extraites de l’édito de cette semaine de The Economist consacré à… l’accord iranien!

Les combats sont les mêmes, d’un côté éteindre le feu nucléaire, et de l’autre le feu des dettes européennes. Pourtant, d’un côté on souligne la reconstruction d’une relation de confiance entre deux blocs culturels opposés, alors que de l’autre on n’entend que révolte ou récriminations historiques?

Est-ce la canicule qui produirait ainsi en Europe les mêmes effets sur la parole que sur les corps: des esprits qui s’échauffent, qui se dénudent, et qui se délitent dans des argumentations qui transpirent des relents politiques vaseux? Les ayatollahs auraient-ils migré en Europe?

Pourquoi les experts américains qui vérifieront le programme nucléaire iranien sont-ils ainsi mieux acceptés que les experts européens chargés de vérifier l’application du dernier plan en faveur des Grecs? Peut-être a-t-on compris d’un côté que la surveillance n’est pas un geste impérial ou tutélaire, mais un processus qui permet de vérifier l’application des obligations réciproques définies par les parties cocontractantes.

N’est-il pas encore plus étonnant de voir émerger en pleine crise de cohésion européenne des critiques sur la perte de souveraineté de la Grèce, alors que chacun sait que pour qu’une monnaie unique fonctionne bien il est nécessaire d’abandonner certaines souverainetés locales?

Et que penser de l’Allemagne, pour qui la définition de la zone euro était irréversible? A-t-elle également franchi son rubicond dans cette crise en envisageant une sortie temporaire ou définitive de la Grèce? Ou n’a-t-elle pas fait plutôt progresser la zone euro en imposant une plus grande homogénéité de conduite économique? Le «out» ne sera pas un «raus», ce sera une conséquence économique naturelle. Les choses sont claires désormais, et la zone euro progresse encore un peu sur son chemin de l’intégration.

Enfin, paradoxe délicieux, le FMI, grand inventeur des politiques d’ajustement structurel pour résorber l’endettement des Etats, annonce désormais que le dernier accord négocié, sans restructuration de la dette grecque, sera un mauvais accord. Prenons le FMI au mot, lui qui n’a pas été remboursé dernièrement par la Grèce, et Madame Lagarde annonce qu’elle est prête à donner l’exemple et à restructurer les 28 milliards que la Grèce lui doit. Nous ne sommes plus à un paradoxe supplémentaire…

* Bordier & Cie