Il serait temps de «délivrer», comme on dit, dans le jargon financier. ABB a vendu ses activités historiques dans le transport d’énergie (Power Grids), en promettant de se muer en un groupe technologique de premier plan, à la pointe de l’automatisation et de la robotique. C’était fin 2018.

Entre-temps, le géant basé à Zurich a changé de patron. Le Suédois Björn Rosengren, décrit par les analystes comme l’«homme idéal» pour concrétiser cette refonte, a pris ses fonctions début mars, en pleine crise sanitaire, avec dès lors comme priorité celle d’en gérer les conséquences. C’est dire si la première présentation publique de ses objectifs mercredi était suivie, en ligne, par des analystes du monde entier.

A ce sujet: L’«homme idéal» sur lequel ABB joue son avenir

Il leur faudra patienter encore. «Nous sommes toujours aux prises avec ce défi de très court terme que représente la pandémie de coronavirus. Notre priorité, c’est d’intensifier nos efforts pour garantir la sécurité de nos collaborateurs et nos clients, tout en nous efforçant d’atténuer les effets de la crise sur nos activités», a d’emblée averti Björn Rosengren, lors d’une conférence en ligne. Le groupe, qui s’attend à affronter «plusieurs trimestres difficiles» en raison de la crise sanitaire couplée à la chute des prix du pétrole, dit ainsi avoir ajusté ses capacités de production et accru le nombre de visites virtuelles de clients.

Le nouveau patron a cependant confirmé les objectifs à moyen terme de l’entreprise, qui avaient été annulés en début d’année: il table sur une croissance de 3-6% et une marge opérationnelle comprise entre 13 et 16%. La vente de Power Grids pour 9,1 milliards de dollars au groupe japonais Hitachi devrait être finalisée, comme prévu, d’ici à la fin du deuxième trimestre et la somme allouée à un programme de rachat d’actions.

Créer «une culture de la performance»

La «création de valeur», promise par le nouveau dirigeant? Ce sera pour plus tard. «Il a pour habitude de stabiliser l’entreprise, avant de démarrer une stratégie de croissance», décrit Julien Stähli, responsable de la gestion discrétionnaire à la banque Bonhôte, se référant à son précédent mandat à la tête du groupe suédois d’ingénierie Sandvik. ABB achève un plan d’économies de 500 millions de dollars, dont il attend les bénéfices pour le courant de 2021.

Ainsi, «aucune acquisition majeure n’est prévue à moyen terme», a balayé Björn Rosengren. Il a levé un coin de voile sur la suite, indiquant avoir isolé en 18 unités chacun des domaines d’activité du groupe aux 147 000 employés, actif dans plus de 100 pays.

Leur performance sera passée en revue de manière «transparente», pour que «chacune de ces divisions soit numéro un ou deux dans son segment de marché respectif. Nous devons créer une culture de la performance dans ce groupe», a insisté le Suédois de 61 ans. ABB évaluera aussi la pertinence de conserver certaines activités dans son portefeuille. «Ce faisant, il met davantage l’accent sur la rentabilité, plutôt que sur la croissance», gage d’une meilleure assise sur le long terme, commente Nicolas Bürki de Mirabaud Asset Management.

Lire également: Le futur ABB reste à façonner

Décalage entre potentiel et résultats

«Les détails sur cette nouvelle orientation divisionnaire, ainsi que de potentielles cessions, seront annoncés lors d’une grande journée des investisseurs en novembre», a promis Björn Rosengren. Ses annonces ont un peu soutenu le cours de l’action, qui se redressait à 0,5% en milieu d’après-midi, avant de boucler sur une note négative (-0,19%), tandis que le SMI perdait 0,37%.

Le groupe a dans le passé été critiqué pour le décalage entre son potentiel dans l’industrie 4.0 et ses résultats jugés décevants. D’autres observateurs attendent de l’entreprise, spécialisée dans la robotisation et les systèmes d’électrification, qu’elle formule des réponses aux enjeux de la transition énergétique. Au niveau mondial, la part de l’électricité dans la consommation finale totale d’énergie s’inscrit en dessous de 20% aujourd’hui et devrait passer à 24% dans le mix en 2040, selon l’Agence internationale de l’énergie.