Les amateurs de glisse l’assimileraient à un champ de bosses bien verglacé: la saison d’hiver que Suisse Tourisme a lancée ce lundi à Zurich s’annonce d’ores et déjà comme celle de tous les dangers. «C’est clair que ce ne sera pas un hiver record», prévient Sébastien Travelletti, administrateur du Magic Pass.

Les stations de ski se souviennent bien du goût d’inachevé qu’avait eu la cuvée 2019-2020 avec la fermeture brutale des installations à la mi-mars, alors que neige et soleil promettaient une fin de saison radieuse. Au lieu de cela, les nuitées hôtelières avaient chuté avec, au final, 6,3 millions d’unités entre novembre et avril, soit 1,5 million de moins qu’un an plus tôt. Les journées-skieurs avaient elles reculé de 4,3 millions, à environ 20 millions.

La neige. Une préoccupation reléguée au second plan en pleine deuxième vague pandémique mais qui reste la «première en l’état actuel» pour Sébastien Travelletti, également président de Télé Anzère. Si pour l’instant Zermatt, Saas-Fee ou le glacier de la Plaine Morte accueillent déjà des skieurs, la poudreuse manque encore dans beaucoup de stations.

Ultra-«last minute»

Et le temps presse car la première échéance à ne pas rater pour les prestataires touristiques sera la période des Fêtes, celle qui peut générer jusqu’à un quart des recettes selon les endroits et les acteurs.

En Valais, tout est entrepris pour ne pas manquer ce rendez-vous. Les autorités cantonales ont prolongé la fermeture des restaurants jusqu’au 13 décembre, une décision dans laquelle beaucoup ont décelé la volonté d’éviter toute flambée des cas avant Noël.

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Selon une enquête réalisée par Suisse Tourisme, les réservations pour cette période affichent un recul de 19% par rapport à la même période l’an dernier, 28% pour les relâches de février. L'institut de prévisions KOF prévoit, lui, une baisse globale des nuitées de 31% pour cet hiver. «Il y a tout de même des clients russes, anglais ou suédois qui ont réservé depuis longtemps, relève Sylvie Carlucci, hôtelière à Verbier. Mais c’est très calme au niveau des demandes d'offres.»

Les Suisses pour sauver la saison

Comme en été, les espoirs reposent avant tout sur la clientèle suisse avec une certitude: les touristes se décideront à la dernière minute. Un cauchemar pour les professionnels de la branche qui doivent planifier leurs effectifs.

Sans compter les annulations avec lesquelles il faudra composer. «En général, la mise sur liste rouge d’un pays est par exemple acceptée, signale Sylvie Carlucci, également membre du comité directeur d’Hotelleriesuisse Valais, mais la mise en quarantaine ne le sera pas forcément partout.» En résumé, les touristes ont tout intérêt à bien se renseigner sur la politique pratiquée avant de faire leur choix.

La mise en quarantaine représente aussi l’une des hantises de Sébastien Travelletti: «Nous faisons tout pour éviter une propagation des cas parmi nos employés, notamment en définissant des équipes qui ne doivent jamais se croiser durant la journée.»

Nous avons déjà assuré 50 à 60% de notre chiffre d’affaires hivernal

Sébastien Travelletti, administrateur du Magic Pass

Pour la station d’Anzère et les 29 autres qui font partie de l’abonnement Magic Pass, la situation de départ est plus confortable que pour les autres. «Nous avons déjà assuré 50 à 60% de notre chiffre d’affaires saisonnier», précise le président de Télé Anzère.

A part bien sûr si le scénario du pire se concrétisait, à savoir une nouvelle fermeture brutale des installations. Si elle survenait en janvier, il faudrait probablement trouver des arrangements avec la clientèle, ce qui entraînerait des pertes. En Suisse, les remontées mécaniques génèrent les trois-quarts de leur chiffre d’affaires en hiver.

Le casse-tête de la restauration

Pour éviter d’en arriver là, celles-ci comptent appliquer de manière stricte les plans sanitaires élaborés. Les stations ont déjà fait le deuil des après-ski et des soirées festives, gardant un souvenir cuisant des foyers de contamination qu’Ischgl, en Autriche, et Verbier avaient représentés l’hiver dernier.

Il faudra en revanche nourrir les skieurs. En novembre, plusieurs restaurants d’altitude ont organisé un système de take away sur les pistes. Une innovation qui fonctionne bien par beau temps, moins en cas de jour blanc.

«Les mesures de protection établies sont rodées et ont fait leurs preuves», a martelé à Zurich Daniel Borner, directeur de GastroSuisse. S’ils sont ouverts, les restaurants devront en tout cas jongler avec une succession de services cadencés pour satisfaire tout le monde et éviter les concentrations de foule.

Eviter l’engorgement des hôpitaux

Dernier écueil et pas forcément des moindres puisqu’il se murmure qu’en France le gouvernement hésite à autoriser l'ouverture en décembre à cause d'eux: les goulets d’étranglement que les accidents pourraient provoquer dans des hôpitaux déjà accaparés par la lutte contre le nouveau coronavirus.

Si tous ces obstacles sont surmontés jusqu’à la mi-janvier, le tourisme suisse aura passé la première manche de son slalom hivernal. La deuxième, à savoir la suite de la saison, ne dépendra pas entièrement de lui mais de l’évolution de la pandémie puisqu’une troisième vague en janvier ou en février ne peut pas être exclue.

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