Dans le cadre du débat sur le financement des infrastructures vaudoises par les caisses de pension, il me paraît opportun de rappeler également le potentiel important représenté par les infrastructures énergétiques renouvelables.

En effet, depuis quelques années, des investisseurs institutionnels étrangers ont su profiter de telles opportunités d’investissement en injectant plusieurs milliards de dollars dans des parcs éoliens et solaires, en Europe et en Amérique du Nord, présentant une source de revenu hautement prédictible sur le long terme, avec un niveau de risque très faible.

De plus en plus d’investisseurs institutionnels s’intéressent à ce secteur énergétique qui génère des revenus stables similaires à des obligations et garantis par des contrats de rachat d’électricité sur le long terme auprès d’entreprises d’approvisionnement électrique.

Le déploiement d’infrastructures génératrices d’électricité à partir de l’éolien et du solaire a attiré plus de 200 milliards de dollars d’investissement en 2011 dans les pays du G20. Depuis 2010, l’énergie solaire attire plus d’investissements que l’éolien, car les moyens de production d’énergie solaire sont plus simples à déployer et présentent moins de risques opérationnels que l’éolien.

Les opportunités d’investissement dans ce secteur vont s’accélérer ces prochaines années sous l’effet convergent de la baisse des coûts de revient, d’une forte croissance des nouvelles capacités de production (près de 1000 milliards de dollars d’investissements d’ici à 2020 pour le solaire seulement, selon une étude McKinsey publiée en avril 2012) et du développement rapide d’un marché secondaire de centrales solaires en opération présentant un historique de revenus. Comme dans le secteur immobilier, les investisseurs institutionnels peuvent investir dans de telles infrastructures en direct ou de manière indirecte au travers de fonds spécialisés.

Grâce aux efforts d’industrialisation et aux économies d’échelle, le coût de revient de l’électricité photovoltaïque a chuté de manière spectaculaire et va continuer à diminuer ces prochaines années. Son coût de revient est d’ores et déjà proche de 15 cts/kWh pour des grandes installations déployées dans des régions a fort ensoleillement. En Suisse, les grandes installations photovoltaïques les plus récentes produisent de l’énergie à un coût de revient inférieur à 25 cts/kWh.

En Suisse, comme confirmé par la présentation des grandes lignes de la nouvelle stratégie énergétique Suisse 2050, les perspectives de développement pour les infrastructures énergétiques renouvelables sont très bonnes. D’autre part, le potentiel de rattrapage par rapport à nos voisins tels que l’Italie et l’Allemagne est important puisque ces deux pays couvriront déjà plus de 5% de leur consommation électrique grâce à l’énergie solaire en 2012, alors qu’en Suisse l’énergie solaire ne devrait pas dépasser 0,5% de la consommation électrique cette année.

Les ressources financières à mobiliser seront de l’ordre de 10 milliards de francs d’ici à 2020 pour atteindre une capacité de production d’énergie solaire permettant de couvrir 5% de la consommation suisse. Avec la certitude de pouvoir vendre l’énergie produite à des conditions profitables, ce sont les privés et les entreprises d’approvisionnement électrique qui vont financer cette croissance attendue des moyens de production, souvent avec le support d’organismes de financement appelés à octroyer des crédits à long terme de type hypothécaire, y compris probablement les investisseurs institutionnels.

Le développement du solaire, actuellement bridé en Suisse par une politique fédérale restrictive, pourrait s’accélérer de manière importante dès que les modalités de déblocage des 14 000 installations* en liste d’attente pour l’obtention de la rétribution à prix coûtant (RPC) seront claires. Durant cette période d’attente, une partie des installations se construit sous l’impulsion de développeurs qui trouvent des solutions temporaires de valorisation de l’énergie produite auprès d’entreprises d’approvisionnement électrique ou de collectivités publiques qui s’engagent à reprendre de manière temporaire l’énergie produite durant la période d’attente de la RPC fédérale; les conditions de reprise varient toutefois de manière importante d’un acheteur à l’autre, et sont souvent moins favorables que la RPC fédérale.

Au moment où les caisses de pension suisses peinent à générer des rendements suffisants sur les marchés financiers et dans le cadre réglementaire actuel, elles devraient s’intéresser au marché des infrastructures énergétiques renouvelables, à l’international et en Suisse. Cette classe d’actifs est appelée à se développer rapidement, au travers de différents véhicules financiers compatibles avec les contraintes des investisseurs institutionnels. Ces investissements présentent une opportunité de diversification d’actifs bienvenue, tout en contribuant au développement durable.

* 14 000 installations photovoltaïques en liste d’attente en mai 2012, représentant une capacité de production de près de 600 GWh et des investissements privés de l’ordre de plus de 2 milliards de francs.

«Les infrastructures génératrices d’électricité à partir de l’éolien et du solaire ont attiré 200 milliards de dollars d’investissement en 2011 dans les pays du G20»