Le Royaume-Uni est-il désormais dans la même position que la Suisse face à l’Union européenne? «Nous allons pouvoir renégocier notre relation avec l’Union européenne, de façon bilatérale, comme le fait la Suisse», estime Mark Reckless, un député britannique conservateur, très anti-européen. Le Royaume-Uni, un pays désormais en marge de l’Europe? «Cela semble être la voie dans laquelle on s’engage», répond-il.

Le veto de David Cameron, le premier ministre britannique, à une modification du traité européen représente selon lui un tournant: après avoir très longtemps hésité, le Royaume-Uni semble choisir l’isolement au compromis. Le leader britannique a même ce mot qui ressemble presque à des adieux: «nous souhaitons bonne chance à la zone euro.»

En arrivant à Bruxelles jeudi soir, David Cameron avait annoncé vouloir protéger la City. En échange du soutien au nouveau traité, il exigeait un protocole qui garantisse que l’Autorité européenne bancaire, superviseur nouvellement créé, demeure à Londres, et qu’un éventuel renforcement de ses pouvoirs se vote à l’unanimité; l’unanimité était aussi requise pour l’imposition d’une taxe sur les transactions financières. Cela s’est traduit par un refus de la zone euro, et le Royaume-Uni préfère se retirer du traité.

Pour s’expliquer, David Cameron prend des accents churchilliens: «J’ai fait ce qui était bon pour le Royaume-Uni.» Il rejette l’idée d’isolement, mais reconnaît: «cela représente un changement dans notre relation avec l’Europe.»

Sa décision a provoqué de vives réactions au Royaume-Uni, divisant deux camps. Les députés conservateurs, très anti-européens, applaudissent. La City aussi: «Nous sommes isolés comme un passager qui refuserait de monter sur le Titanic», se félicite Terry Smith, directeur du courtier Tullett Prebon.

«Nous risquons d’être tout seuls»

Beaucoup désapprouvent cependant. «Nous sommes les grands perdants de cette affaire, accuse Charles Grant, directeur du Centre for European Reform. Notre position avait toujours été: nous devons être à la table européenne, pour influer sur les réformes. Désormais, nous risquons d’être tout seuls.» Certains eurosceptiques rejoignent cette analyse. Lord David Owen, qui était à la tête de la campagne contre l’intégration à l’euro dans les années 1990, estime que David Cameron a mal négocié: «Il était possible de rester à l’intérieur du cadre européen.» Et il s’énerve contre les conservateurs europhobes: «Est-ce que notre politique est dirigée par 80 à 90 députés qui veulent sortir de l’Union européenne?»

ö Un bon sommet pour la Suisse. Page 11 Pas de règle d’or en France avant la présidentielle surwww.letemps.ch