États-Unis

Le pari gagnant de Peter Thiel, l’unique soutien de Trump dans la Silicon Valley

Le cofondateur de PayPal était le seul patron de la Silicon Valley à soutenir le candidat républicain. Rejeté par ses pairs, Peter Thiel a finalement eu raison contre tous. Il pourrait même faire partie de l’équipe de transition du nouveau président américain

Peter Thiel a la réputation d’être un joueur d’échecs plus que respectable. On le dit amateur de tactiques risquées et agressives. Afficher son soutien à Donald Trump au beau milieu d’une Silicon Valley acquise à Hillary Clinton était incontestablement osé. Finalement, «le pari a payé» écrit le «New York Times». «Ses chances ont été très sous-estimées, raconte Thiel. Les électeurs de Trump ne se sont pas laissé guider par les sondages». L’entrepreneur a réussi un coup de maître. Un de plus.

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Le premier, c’est évidemment PayPal. En 1998, Thiel fonde la société de paiement en ligne avec Max Levchin et Elon Musk. Elle tape dans l’œil d’Ebay qui débourse 1,5 milliard pour la racheter cinq ans plus tard. Thiel fait bon usage de sa part. En 2004, le diplômé de la prestigieuse université de Stanford mise 500 000 dollars en échange de 10% dans la start-up d’un étudiant qui vient d’arrêter son cursus dans une autre université de renom, Harvard. Aujourd’hui encore, Thiel fait partie du comité de direction de Facebook.

L’entrepreneur lance également une société d’investissement, Founders Fund, et prend des parts dans Y Combinator, peut-être l’incubateur le plus dynamique de la Silicon Valley. Autre joyau de son patrimoine, Palantir. La société de big data très populaire auprès du département de la Défense fait cependant face à des accusations de discriminations à l’embauche. Tout ce que Thiel touche ou presque se transforme en or. En toute logique, le magazine Forbes le classe quatrième de son classement «Midas» 2014.

Success story made in Silicon Valley

La success story relève du conte de fées comme seule la Silicon Valley sait les raconter. Les parents allemands de Thiel quittent Francfort un an après sa naissance. Le petit immigré grandit en Californie: un geek fan de Tolkien destiné à devenir l’homme qui valait 3 milliards, le montant estimé de sa fortune.

En juillet dernier, impopulaire auprès des «élites» du spectacle et de l’économie, Donald Trump peine à réunir des grands noms sur la scène de la convention républicaine à Cleveland. Alors la présence de Peter Thiel, un libertarien homosexuel favorable à Rand Paul en 2012 et qui soutient la légalisation de la marijuana en Californie, surprend.

«Chaque Américain a sa propre identité, dit-il dans son discours. Je suis fier d’être gay. Je suis fier d’être un républicain. Et plus que tout, je suis fier d’être un Américain.» Thiel reconnaît ne pas être d’accord avec toutes les propositions du parti. Ça ne l’empêche pas de donner 1,25 million de dollars à la campagne de Trump.

La nouvelle fait du membre de la «PayPal mafia» un paria. Il faut un mémo de Mark Zuckerberg pour éviter son expulsion du board de Facebook. «Nous ne pouvons pas créer une culture qui dit qu’elle tient compte de la diversité et rejeter la moitié du pays sous prétexte qu’elle vote pour un candidat différent», prévient Zuckerberg.

Thiel, lui, ne change pas de position. «Ce que Trump représente n’est pas fou et ne va pas disparaître, explique-t-il lors d’une conférence de presse. Nous votons pour Trump parce que nous pensons que les leaders de ce pays ont échoué.» Vu les résultats du 8 novembre, il avait vu juste.

L’affaire Gawker

L’autre grand moment de 2016 pour Thiel, c’est le procès Gawker, le site internet qui avait révélé publiquement son homosexualité. Gawker était poursuivi par Hulk Hogan pour une histoire de sex tape. A court de cash, le catcheur a pu compter sur 10 millions de dollars pour payer ses frais de justice. L’argent venait en fait de Thiel, avide de vengeance selon les médias. Le milliardaire parle de combat pour la liberté. Condamné à des dizaines de millions de dollars de dommage et intérêts, Gawker a depuis mis la clé sous la porte.

Son action inquiète la presse. Marcus Wohlsen, journaliste de «Wired» spécialiste de la Silicon Valley, critique Thiel qui «aurait pu combattre le discours avec le discours.» A ses yeux, «en cherchant à détruire Gawker, Thiel a montré qu’il se fichait de la liberté et que ce qui l’intéressait, c’était le pur exercice du pouvoir».

A Washington, les rumeurs laissent entendre que le Germano-Américain fera partie de l’équipe de transition de Trump. L’entrepreneur, qui rêvait enfant de siéger à la Cour suprême, ne devrait pas occuper un poste dans le gouvernement. Mieux, il aura l’oreille attentive du nouveau président des Etats-Unis. En bon joueur d’échecs, Peter Thiel a su placer ses pions.

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