Paris et Berlin cherchent un accord sur les investissements

Union européenne Le ministre français Emmanuel Macron dit «ne rien avoir demandé à l’Allemagne»

Sigmar Gabriel et Wolfgang Schäuble n’ont pas voulu heurter la susceptibilité d’Emmanuel Macron et de Michel Sapin. Lundi à Berlin, les ministres allemands de l’Economie et des Finances recevaient leurs homologues français pour une réunion prévue depuis plusieurs mois. Et ils l’ont répété: leur objectif n’était pas de donner des leçons d’économie à leurs partenaires français, empêtrés dans une crise économique sans précédent, mais plutôt de chercher ensemble des solutions pour relancer les investissements dans leurs pays respectifs et dans la zone euro.

De leur côté, les responsables français ont nié être venus demander quoi que ce soit à leurs confrères allemands. «Chacun doit faire ce qui est bon pour lui, chez lui», a martelé Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l’Economie français qui effectuait lundi sa deuxième visite en Allemagne depuis son entrée en fonction en août. «Ce qui est bon pour l’Allemagne l’est pour la France et ce qui est bon pour la France l’est pour l’Allemagne.»

Le quotidien des affaires Frank­furter Allgemeine Zeitung avait pourtant publié le matin même une interview des deux ministres français dans laquelle ils proposaient un deal avec Berlin. En échange d’une baisse des dépenses publiques de 50 milliards d’euros de la part de la France, l’Allemagne s’engagerait à investir à hauteur elle aussi de 50 milliards d’euros. Mais hier devant la presse, Emmanuel Macron est revenu sur ses propres déclarations. «Je ne demande rien à Berlin», a-t-il lancé. Sigmar Gabriel, le ministre allemand de l’Economie, a néanmoins confirmé la volonté de son gouvernement d’investir à hauteur de 50 milliards d’euros pour que Berlin atteigne la barre des 20% du PIB dédiés aux investissements, un niveau recommandé par l’OCDE. Actuellement, l’Allemagne stagne à 17%. Pour cela, Sigmar Gabriel rappelle la ligne de son gouvernement: ces investissements devront être essentiellement privés afin de ne pas mettre en cause le sacro-saint équilibre budgétaire du pays. «Le ratio d’investissement des entreprises allemandes est trop faible. Or si les entreprises n’arrivent pas à investir plus dans la recherche, elles perdront leur capacité à grandir, a-t-il constaté. Nous devons améliorer leurs conditions.»

Aucun pacte

Officiellement, il n’y a pas non plus de pacte au sujet des dérapages budgétaires français, et cela contrairement à ce qu’avait annoncé le magazine Der Spiegel durant le week-end. Selon le site internet de ce magazine, Berlin aurait pourtant accepté de s’opposer à d’éventuelles sanctions de la Commission européenne contre la France, en échange de quoi la France s’engagerait à fournir une feuille de route détaillée en matière de réduction du déficit et de réformes structurelles. «Il n’y a pas de pacte», a lancé fermement le ministre des Finances, Michel Sapin, qui a même insisté sur la nécessité pour chaque pays européen de suivre les règles communautaires.

Le projet de budget 2015 du gouvernement français prévoit un déficit budgétaire de 4,3%, bien loin des 3% fixés comme limite par le Pacte de stabilité et de croissance.

Un programme pour le 1er décembre

Les ministres des deux pays ont tenté de montrer une image équilibrée de leurs relations en annonçant des actions communes. D’ici au 1er décembre, les deux pays vont plancher sur un document destiné à relancer les investissements dans leurs pays respectifs mais aussi au niveau européen. Le but affiché est de définir «quels sont les bons investissements» à faire et «dans quels secteurs», avec à la clé de «vrais projets» destinés à «améliorer la compétitivité de la France, de l’Allemagne et de l’Europe». Tous admettent l’urgence de leur tâche face à une conjoncture économique qui s’est assombrie ces dernières semaines. La France ne table plus que sur une croissance de 0,4% en 2014 tandis que l’Allemagne, pourtant moteur économique européen, a abaissé ses prévisions de croissance à 1,4%.