Impôts

A Paris, le camouflet infligé à Sundar Pichai

Le PDG de Google venait vanter son partenariat avec les médias francophones. La question fiscale l’a rattrapé

Entre une conférence à Sciences Po et une entrevue avec le ministre de l’économie Emmanuel Macron, la journée parisienne du PDG de Google Sundar Pichai s’annonçait radieuse. Jusqu’à ce que, mercredi en fin d’après-midi, l’annonce de l’ardoise fiscale impayée du géant numérique dans l’hexagone vire au camouflet public pour ce surdiplômé Indien de 43 ans nommé à la tête de la multinationale américaine en août 2015. «Les Echos» sont, vers 17 heures, les premiers à annoncer que Google serait sur le point de se voir infliger une amende record de 1,6 milliard d’euros, conséquence d’une enquête fiscale en cours depuis 2011. Un montant que l’intéressé, tout comme le ministère français des finances, a jusque-là refusé de confirmer.

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Les coulisses de cette journée en forme de camouflet sont toutefois presque plus intéressantes que l’annonce elle-même. Car contrairement aux apparences, l’administration fiscale ne souhaitait pas perturber la venue de Sundar Pichai, et ternir son annonce du jour: le déblocage de 27 millions d’euros pour 128 projets innovants dans les médias européens, dont 2,3 millions pour des projets français. Le ministre Emmanuel Macron, champion du numérique, n’a d’ailleurs pas évoqué le sujet lors de son entretien: «Ce qui ressemble à une embuscade n’en est pas une, explique-t-on dans son entourage. Ce chiffre de 1,6 milliard d’euros – dix fois supérieur aux 170 millions d’arriérés payés fin janvier par l’entreprise au Royaume-Uni – n’est pas gravé dans le marbre.»

Pourquoi, alors, ressortir ce montant déjà évoqué voici plusieurs années par «Le Canard enchaîné»? La raison est la réunion du G20 de Shanghai les 25 et 26 février, et le projet de lutte contre l’érosion de la base fiscale et des transferts de bénéfices (BEPS) de l’OCDE, qui est à son agenda. Interrogés sur les enjeux de cette réunion, des spécialistes de Bercy ont concédé mercredi matin que ce problème était illustré en France par les démêlés fiscaux d’un «important moteur de recherche». Le chiffre d’1,6 milliard a été lâché. Puis Sundar Pichai s’est vu interpellé, à Sciences Po, par le président du Conseil national du numérique, présent dans l’amphithéâtre comble (Le Temps, d’abord admis, avait ensuite été rayé des listes et encouragé à assister à la conférence sur internet) sur ces dettes fiscales: «Ce qui s’est passé est un gros bug de communication, car ce chiffre est connu. Même Google l’avait évoqué dans le passé «poursuit-on au ministère où l’on rappelle que des perquisitions ont été effectuées au siège de la filiale française de la société. Laquelle aurait reçu une première notification de redressement fiscal en mars 2014.

«On peut y voir un résumé du dilemme numérique français» explique au Temps, dépité, l’un des responsables du GlobalEditorsNetwork qui parrainait l’intervention de Sundar Pichai à Sciences Po. «D’un côté, Google France est un partenaire indispensable pour de nombreuses entreprises de médias car leur survie en dépend. De l’autre, une partie de la gauche au pouvoir continue de raisonner en termes de bras de fer.»

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