Paris exhorte la Chine à investir dans l’Hexagone

Echanges L’exécutif déroule le tapis rouge aux entreprises de la République populaire

Objectif: rééquilibrer les relations commercialesentre les deux pays

Lors du précédent voyage d’un chef d’Etat chinois à Paris, celui de Hu Jintao en 2010, 50 entreprises faisaient partie de la délégation. Pour la visite en France de l’actuel président, Xi Jinping, qui a débuté mardi soir, 180 entreprises chinoises ont fait le déplacement. En compagnie du ministre du Commerce chinois, elles ont été reçues jeudi matin à Bercy par Pierre Moscovici, le ministre de l’Economie et des finances, et Nicole Bricq, sa collègue chargée du Commerce extérieur. Le Medef, la faîtière patronale, et 200 entreprises françaises étaient aussi présents.

«Bienvenue aux investissements chinois en France», a lancé Pierre Moscovici, en ouverture du forum. Paris cherche à rééquilibrer les investissements comme les relations commerciales, tous deux asymétriques; l’ambition est aussi de combler le retard pris par rapport à d’autres pays européens, comme l’Allemagne.

Avec la Chine, le déficit commercial français reste proche de 26 milliards d’euros en 2013, soit 40% du déséquilibre total. La France figure au 19e rang des fournisseurs de la République populaire, avec 1,2% de parts de marché en 2013, tandis que la Chine représente le deuxième fournisseur de l’Hexagone. «Ces résultats, disons les choses, ne sont pas bons, a reconnu le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, défenseur de la diplomatie économique, au cours d’une manifestation parallèle. Il nous faut redoubler d’efforts.» «La France n’avait pas pris pleinement le tournant de la première industrialisation chinoise», admet encore le patron du Quai d’Orsay.

Pour redresser la situation, l’Hexagone mise sur la diversification des exportations au-delà des secteurs traditionnels, comme l’aéronautique, le nucléaire ou les biens d’équipements. L’objectif: ne pas manquer la deuxième vague de développement, celle qui voit la demande intérieure bondir en raison des besoins immenses d’une classe moyenne en expansion et du développement des villes. L’agroalimentaire (produits laitiers, charcuterie, vins, etc.), la santé (produits pharmaceutiques, gestion d’établissements hospitaliers ou de maisons de retraite), l’urbanisme (gestion des eaux et des déchets) ou le numérique sont autant de secteurs mis en avant.

Actuellement, les investissements étrangers en France représentent 500 milliards d’euros, dont les trois quarts proviennent de pays européens. «Avec un stock de 3,5 à 4 milliards d’euros, soit moins de 1% des investissements directs étrangers, la part chinoise est trop modeste», constate Ramon Fernandez, le directeur général du Trésor. La visite de Xi Jinping devrait donner une nouvelle impulsion: elle a permis de sceller l’un des partenariats capitalistiques les plus emblématiques, l’entrée de Dongfeng dans PSA. «Un palier a été franchi dans la perception de la France et de son attractivité par les investisseurs chinois. L’engagement des deux présidents sur ce dossier a dissipé les interrogations qui avaient pu exister sur l’accueil réservé aux entreprises chinoises en France», a commenté Laurent Fabius. Durant la visite, 50 contrats et accords ont été signés pour un montant de 18 milliards d’euros.

Les prises de participation concernent de grands groupes, comme PSA ou le partenariat entre Fosun et le Club Med, mais également des PME. L’entreprise chinoise Biostine, spécialisée dans le lait infantile, a récemment pris 20% dans la coopérative laitière normande Isigny Sainte-Mère. A la clé, 150 emplois sur un nouveau site de production. «Il a fallu beaucoup de pédagogie» pour faire passer le projet après «le premier choc», reconnaît Daniel Delahaye, directeur général de la coopérative.

Mais alors que le nombre de demandeurs d’emploi, publié mercredi, continue d’augmenter pour atteindre un niveau record de 3,34 millions, Paris veut convaincre que l’investissement chinois est bon pour l’emploi. Pour l’instant, cette relation-là, également, est déséquilibrée. Selon Bercy, la centaine d’entreprises chinoises implantées en France représente 13 000 emplois. En regard, 1500 entreprises françaises présentes en Chine ont créé 500 000 postes.

Pour prouver aux Chinois qu’ils sont les bienvenus, Paris a aussi donné des gages: la procédure pour obtenir un visa de courte durée a été simplifiée; les hommes d’affaires peuvent en obtenir un en 48 heures. Phan Nhay, président de l’Association des entreprises chinoises en France, a reconnu «les efforts des autorités»: «Le message sur l’accueil des investissements chinois est clair, c’est un changement très grand.» De fait, peu de voix critiques se sont élevées. Seul le député UMP Axel Poniatowski s’est dit «un peu gêné» par le «déroulement du tapis rouge» devant Xi Jinping, craignant que les accords passés reviennent à «vendre les bijoux de famille».

Le gouvernement mise sur la diversification des exportations, au-delà de l’aéronautiqueou du nucléaire