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Le nouveau siège de la Banque centrale européenne à Francfort.
© KAI PFAFFENBACH/Reuters

Finance

Paris et Francfort se disputent les restes de la City

Alors qu’UBS songe à délocaliser une partie de ses postes londoniens en vue du Brexit, beaucoup voient dans Francfort la nouvelle capitale européenne de la finance. Mais le premier ministre français Edouard Philippe poursuit ce mardi sa campagne pro Paris. Revue des forces et faiblesses des deux places

Paris, la City version famille

Revigorée par l’«effet Macron», la capitale française entend offrir aux banquiers un cadre de vie, de travail et d’épanouissement familial

Ils seront à l’écoute ce mardi, lors de l’ouverture du forum annuel Paris Europlace, qui regroupe les principaux acteurs financiers de l’Hexagone au Pavillon d’Armenonville. Au micro? Le premier ministre Edouard Philippe, qui, vendredi, a présenté en personne la stratégie parisienne pour attirer banques et institutions forcées de quitter le Royaume-Uni en raison du Brexit. Seconde prise de parole en quelques jours, donc, pour un chef de gouvernement qui a, comme Emmanuel Macron, mis l’attractivité française au cœur de son action. «Paris doit beaucoup plus convaincre que Francfort, Dublin ou Luxembourg, note un habitué du forum Europlace. Fiscalité, accueil des expatriés, infrastructures… dans tous ces domaines, la France est en retard.»

Stratégie en trois axes

La stratégie que Paris entend désormais déployer a été clarifiée par Edouard Philippe avant ce grand rendez-vous des acteurs boursiers présidé par Gérard Mestrallet, le patron du groupe Suez. Axe numéro un: une fiscalité révisée à la baisse – l’impôt sur les sociétés devrait passer, durant ce quinquennat, de 33,3% à 25% – et un abandon partiel de la taxe sur les transactions financières.

Axe numéro deux: une flexibilité accrue du marché de l’emploi pour les entreprises, grâce aux mesures qui seront adoptées par ordonnances à l’automne (priorité aux négociations d’entreprise, exclusion des bonus du calcul des indemnités en cas de rupture de contrat).

Troisième axe: un environnement socio-économico-éducatif bien plus performant avec l’ouverture promise de trois lycées internationaux d’ici à 2022 et la création d’une chambre spécialisée anglophone auprès de la Cour d’appel de Paris pour les contentieux d’affaires.

Destin lié au pays

En clair: Paris n’est pas une «bulle» et son attractivité doit aussi être celle du site France. «On s’est rendu compte, depuis un an, que l’on ne pouvait pas déconnecter les deux. Les banquiers qui regardent vers Paris nous interrogent immanquablement sur l’horizon économique du pays», expliquait un collaborateur du ministre de l’Economie et des finances Bruno Le Maire avant la tournée de ce dernier à Wall Street, le 29 juin dernier, pour y convaincre les investisseurs américains de regarder de ce côté-ci de l’Atlantique.

Problème: comment apparaître crédible, face aux Allemands, aux Irlandais et aux Luxembourgeois, alors que la Cour des comptes vient encore de pointer du doigt l’«insincérité» des prévisions budgétaires 2017 héritées de l’ancien quinquennat, et un trou de 8 milliards d’euros dans les prévisions de recettes? Et que croire alors que le nouveau pouvoir hésite encore sur la date butoir pour la suppression de l’impôt sur la fortune sur les placements financiers, et pour la création d’une «flat tax» de 30% sur les revenus de l’épargne? La seule concession à ce jour est l’engagement pris d’une refonte de la taxe sur les transactions financières (TTF) – ce symbole pour les ONG supposé taxer à 0,3% les opérations à partir du 1er janvier 2018 –, qui ne toucherait plus les transactions «intraday» des banques.

«La question ne doit pas être seulement «où voulez-vous travailler?», mais «où voulez-vous vivre?» jugeait vendredi la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse (Les Républicains). Dix ans après la crise financière de 2007-2008, les banques feraient bien de se soucier davantage de leurs cadres, et de l’image qu’elles donnent d’elles-mêmes.» Des paroles pas toujours audibles lorsqu’elles proviennent du pays des 35 heures hebdomadaires, où les plus hauts revenus restent taxés à 66,6%.


Francfort joue la carte de la stabilité

La ville allemande prend de l’avance sur ses concurrentes dans la bataille pour attirer les banques qui quitteront la City dans le sillage du Brexit. Une troisième banque japonaise a opté pour la capitale allemande de la finance

Et de trois! Début juillet, une troisième banque japonaise annonçait vouloir prochainement quitter Londres pour Francfort. La banque Sumitomo Mitsui, troisième banque du pays, devrait délocaliser vers le Main une partie de ses 1000 salariés londoniens. Avant elle, les banques Daiwa Securities et Nomura avaient déjà annoncé avoir opté pour Francfort.

Même tendance du côté des américaines. Morgan Stanley va doubler ses effectifs de Francfort, à 400 personnes. Auparavant, Goldman Sachs avait annoncé vouloir doubler son personnel présent dans la capitale allemande de la finance.

Plus de 5000 banquiers

Selon la Fédération allemande des banques étrangères, des milliers de postes devraient être créés à Francfort dans les années à venir, dans le sillage de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. «Le Brexit va permettre de créer 3000 à 5000 nouveaux emplois dans la finance, assure Stefan Winter, président de la fédération et membre du directoire d’UBS Europe à l’hebdomadaire Welt am Sonntag. Je pars du principe que 12 à 14 grosses banques vont soit considérablement augmenter leurs effectifs à Francfort, soit venir s’installer dans la ville.» La fédération compte sur 300 à 400 salariés supplémentaires par institut en moyenne, notamment des professionnels du capital-risque, mais aussi des spécialistes en informatique et des traders. A moyen terme, Francfort pourrait attirer bien plus que 5000 banquiers de la City. «Ça ne sera pas un rush soudain, estime Stefan Winter. On n’aura pas d’un coup des milliers de nouveaux salariés avec leur famille. Les choses se feront lentement. Ce qui est sûr est que dans cinq ans, nous aurons bien plus de Londoniens ici que dans deux ans.»

Les atouts de Francfort dans la course post-Brexit sont nombreux. Il y a tout d’abord «l’effet Merkel». L’Allemagne bénéficie d’une bonne réputation à l’international. Stabilité économique et politique sont des atouts de poids pour attirer les banques asiatiques, américaines, russes ou suisses qui devront quitter la City.

Francfort bénéficie aussi des avantages de son infrastructure: de bons transports en commun, un aéroport international, la présence de la Banque centrale européenne (BCE) et du contrôleur financier BaFin. Les loyers y sont moins élevés qu’à Paris et le parc de bureaux disponibles n’est pas saturé.

Faciliter les licenciements

Francfort a en outre pu compter tôt sur la mobilisation de la classe politique allemande. Des autorités régionales au gouvernement fédéral, les politiciens allemands multiplient les initiatives. Dernière en date: la promesse de réformer après les élections le droit du travail allemand pour simplifier les procédures de licenciement pour les salaires supérieurs à 250 000 euros, afin de les rapprocher de la souplesse en vigueur en Grande-Bretagne.

Mais la provinciale Francfort n’a pas que des atouts. La plateforme en ligne Movinga s’est livrée à une étude comparative entre les métropoles candidates pour reprendre une partie des activités de la City. Francfort arrive en sixième position en termes de loyers, de connaissance de l’anglais, de taux d’imposition ou de développement des structures scolaires bilingues, derrière Dublin ou Amsterdam.

L’avenir de la place financière de Francfort dépendra en partie de la capacité de la cité à attirer les 180 salariés que compte l’Autorité européenne de surveillance, qui pourrait fusionner à terme avec les autorités de contrôle de la BCE. Les autorités du Land de Hesse sont convaincues que cet argument pourrait jouer en faveur de Francfort, lorsque les autorités européennes devront choisir le futur site de l’Autorité européenne de surveillance.


La City, un enjeu financier de taille

Environ 500 banques et établissements financiers, près de 150 000 employés toutes catégories confondues, et des recettes fiscales pour le Trésor britannique estimées, en 2014, à plus de 60 milliards d’euros: telle est l’ampleur du magot socio-économique représenté par la City de Londres, «réacteur nucléaire» d’une industrie bancaire et financière qui représente 12% du produit intérieur brut du Royaume-Uni.

Bousculé par la décision de quitter l’Union européenne prise à l’issue du référendum du 23 juin 2016, ce secteur est, de plus, bien plus large que le périmètre du seul quartier de la finance londonienne. Grâce à la City, le Royaume-Uni est en effet le leader mondial dans plusieurs domaines clés, comme les prêts transfrontaliers, l’assurance internationale, les opérations de change (50% du marché mondial) et les produits dérivés. La capitale anglaise est aussi l’un des QG préférés des fonds spéculatifs (hedge funds) et des fonds de capital-investissement (private equity). De quoi attiser les appétits des principales villes désireuses de se positionner comme alternatives: Dublin, Luxembourg, Francfort et Paris.

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