justice

Le parquet s’oppose à l’extradition de Falciani

Hervé Falciani a été entendu pendant trois heures à Madrid. L’informaticien est à l’origine du vol de données bancaires chez HSBC à Genève

Il y a de fortes chances qu’Hervé Falciani ne soit pas extradé vers la Suisse. Barbe bien dessinée, lunettes et perruque, placé sous bonne escorte policière, l’informaticien franco-italien a été entendu pendant trois longues heures à l’Audience nationale de Madrid, pour s’expliquer sur le «vol» des données de 130 000 comptes bancaires de HSBC. Alors que les juges du tribunal se sont donné «quelques jours supplémentaires» pour rendre leur décision, il paraît improbable que la demande d’extradition des autorités helvétiques soit satisfaite.

La raison principale est que le parquet a pris fait et cause pour Hervé Falciani: «Si nous avons fait de l’évasion fiscale une priorité, nous ne pouvons pas punir ceux qui dénoncent des fraudes aux autorités compétentes», a déclaré la procureure Dolores Delgado. Et de s’appuyer sur la législation espagnole, selon laquelle le fait de ne pas collaborer avec le fisc constitue en soi un délit.

Sorti de sa prison madrilène en décembre 2012 car la justice a estimé «le risque de fuite nul», Hervé Falciani a pleinement justifié ses actes: «A l’époque, j’ai vu dans la banque des attitudes scandaleuses […] J’ai contribué à la lutte contre l’opacité financière, un combat qui doit intéresser toutes les démocraties.» En présence du juge français Eric de Montgolfier, lequel a assuré que les informations lui ayant été transmises par Falciani en 2009 n’ont «jamais fait l’objet d’une transaction financière», d’autres anciens responsables espagnols ont aussi témoigné en sa faveur. Ainsi, l’ex-directeur général de l’agence fiscale Luis Pedroche a estimé que ces «précieux renseignements» ont permis, dans le pays ibérique, de récupérer 250 millions d’euros détournés par des centaines de fraudeurs espagnols.

Au total, selon le parquet, la «liste Falciani» pèserait 300 milliards d’euros, soit 2,5% du PIB de la zone euro.

Un troisième témoin, Carlos Ocaña, ancien secrétaire d’Etat aux Finances, a également pris le parti de Falciani. Son argument principal: le fait que l’informaticien a «collaboré uniquement avec les autorités financières, fiscales et judiciaires de notre pays et d’autres pays occidentaux». Reste à connaître le verdict. Même si les magistrats de l’Audience nationale décident malgré tout de donner suite à l’extradition, c’est le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy qui, in fine, aura le dernier mot.

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