La part des femmes dans les conseils peut doubler d’ici à 2020

Gouvernance L’Union patronale suisse et des cabinets de recrutement ont répertorié une liste de 400 candidates

Les administratrices occuperont entre 23 et 30% des postes, selon Guido Schilling

L’Union patronale suisse (UPS) et des cabinets spécialisés dans le recrutement de cadres supérieurs ont dévoilé mardi un catalogue d’un genre inédit en Suisse. Dans un document d’une soixantaine de pages, l’organisation patronale, quatre sociétés de conseil et un professeur de l’Université de Saint-Gall ont répertorié les profils de 400 femmes susceptibles de briguer un mandat dans les conseils d’administration de grandes entreprises. Parmi celles-ci, la liste inclut 200 femmes, déjà membres du conseil de sociétés figurant dans l’indice SPI ou de grandes entreprises helvétiques non cotées en bourse, qui ont été répertoriées de manière succincte. La deuxième partie du document présente, elle, de manière plus détaillée, les profils de 200 autres «administratrices potentielles» qui ont été identifiées par les différentes partenaires du projet.

«L’Union patronale suisse a voulu fournir une nouvelle impulsion dans ce dossier», a expliqué son président, Valentin Vogt, mardi à Zurich. «Les équipes mixtes sont plus performantes, aussi dans les conseils d’administration», a-t-il ajouté, tout en réaffirmant au passage son opposition à l’idée d’imposer des quotas aux entreprises.

Partant d’un faible niveau, la part des femmes dans les conseils d’administration augmente peu à peu en Suisse. Elle est passée de 10% en 2010 à 15% en 2015, a souligné Guido Schilling, directeur de la société de conseil du même nom. De plus, un tiers des postes repourvus cette année ont été attribués à des femmes. En extrapolant la tendance de ces cinq dernières années, l’expert anticipe que la part des femmes dans les conseils d’administration atteindra entre 23 et 30% en 2020.

Pour Doris Aebi, copropriétaire de la société de recrutement Aebi + Kuehni, «la demande ne rencontre pas l’offre actuellement». «D’un côté, il y a des entreprises qui cherchent des candidates pour le conseil d’administration. De l’autre, des femmes qui ont un profil adéquat mais qui ne reçoivent pas d’offres», observe-t-elle. La faute, notamment, à l’absence de réseaux adéquats pour mettre en valeur les compétences de ces dernières. Quelles sont-elles justement? Selon Barbara Rigassi, de la société GetDiversity, il ne faut pas seulement bénéficier d’une expérience solide à la tête d’entreprises mais aussi disposer de compétences en matière de stratégie.

«Il est nécessaire de développer les compétences pour élaborer une stratégie», a aussi souligné François E. Clerc, directeur associé d’AdValorem Partners Management Consulting à Genève. Selon lui, «le fait de recruter des femmes dans un conseil constitue déjà un choix stratégique pour une entreprise». «Les femmes sont une minorité dans les entreprises. Une minorité qui pense différemment et qui fait plus d’efforts que les hommes», observe-t-il. Comment explique-t-il alors la faible représentation des femmes dans les conseils d’administration? D’une part, il y a souvent un souci plus grand d’équilibre entre vie familiale et professionnelle chez les femmes, note-t-il. D’autre part, «certaines d’entre elles font preuve d’une modestie qui n’est pas justifiée au vu de leurs compétences. Elles doivent sortir davantage de leur réserve», conseille l’expert en recrutement.

«Le fait de recruterdes femmes dans un conseil constitue déjà un choix stratégique pour une entreprise»