Credit Suisse pourrait devenir un acteur de la prochaine campagne présidentielle taïwanaise. Le président du Parti nationaliste (KMT), Lian Chan, vient en effet d'annoncer que la banque suisse gérera d'ici à un mois 719 millions de dollars appartenant au trésor du «plus riche parti politique du monde», soit 7% de sa fortune totale, qui s'élèverait à plus de 10 milliards de dollars. Ce transfert est motivé par le besoin du KMT de soigner son image alors qu'il est toujours accusé d'acheter le vote de ses électeurs. Le contrat de trois ans devrait rapporter 500 000 dollars de frais de gestion à CSG, rapporte le China Times de Taipei.

Le Parti nationaliste a accumulé un magot impressionnant durant ses cinquante années de règne sans partage sur Taïwan, en confondant les biens publics avec sa propre trésorerie. Le Parti de la démocratie et du progrès (PDP) a mis un terme à ce monopole grâce à sa victoire lors des dernières élections présidentielles en 2000. Chen Shui-bian, le nouvel homme fort de l'île, l'avait emporté notamment grâce à son programme de lutte contre la corruption. Le nouveau président a depuis demandé à plusieurs reprises que le KMT rétrocède une partie de ses fonds à l'Etat dans une lutte judiciaire qui n'en finit pas.

CSG épinglé en Chine

Lian Chan, qui pourrait se présenter à la prochaine course présidentielle de 2004, veut absolument se débarrasser de la réputation de corruption qui colle à son parti. Le KMT est «obligé d'avoir recours à un gestionnaire étranger», explique Robert Broadfoot, un analyste financier de Hongkong, cité par l'agence Bloomberg. «S'il cherche une banque locale et qu'elle soutient le parti, celui-ci sera accusé d'utiliser une simple façade.»

Cette mesure financière du KMT a toutefois aussitôt été dénoncée par plusieurs députés du PDP. Ceux-ci réclament toujours la liquidation des avoirs du Parti nationaliste. Ils l'accusent également d'utiliser les intérêts dégagés par ces avoirs pour financer ses campagnes politiques. Le KMT explique pour sa part que ses biens auraient fondu ces dernières années à la suite de mauvais placements.

En 2001, CS avait été écarté d'un important marché en Chine pour «mauvaise conduite politique» par la China Securities Regulatory Commission, après avoir sponsorisé des réunions officielles taïwanaises en Europe. Pékin revendique sa souveraineté sur Taïwan depuis 1949. Credit Suisse a toutefois réalisé d'autres affaires en Chine depuis. La gestion des fonds du KMT ne devrait pas lui valoir les foudres de Pékin, analyse Robert Broadfoot, car il s'agit dans ce cas d'une question purement commerciale. Par ailleurs, le KMT, depuis sa défaite de 2000, s'est rapproché des autorités de Pékin.