Le Temps: Quelles sont les chances de la Suisse de devenir un centre de négoce (hub) pour la monnaie chinoise?

Urs Rüegsegger: Le thème est actuel. Les relations entre la Suisse et la Chine sont très étroites. Pour devenir un centre du renminbi, deux conditions sont à remplir: une limite de swap (contrat d’échange à terme) auprès de la banque centrale chinoise et, en même temps, une banque chinoise qui assure la compensation du renminbi. La BNS est prête à s’occuper du swap, mais la nomination d’une banque de clearing est à faire. La question doit être posée au gouvernement chinois.

Pour la Suisse, ce serait très intéressant. Le gouvernement chinois, à travers une ouverture contrôlée du renminbi, encourage l’investissement en Chine. Ce qui est très intéressant pour les clients des banques suisses. Mais l’ouverture sera graduelle. Le processus nous permettrait d’accumuler un savoir très précieux pour un positionnement ultérieur.

– Si on lit la presse anglaise, le hub sera à Londres; selon la presse française, il sera à Paris. Est-ce que nos chances dépassent 10%?

– Aujourd’hui, Hongkong, Taipei, Singapour et Londres sont considérés comme des hubs du renminbi. Les Chinois espèrent en faire une monnaie de réserve mondiale, ce qui signifierait un énorme marché. Même détenir une petite part de ce marché serait très intéressant pour la Suisse. Nous devons participer à cette dynamique.

– Allez-vous racheter, comme prévu, le négoce d’actions d’Euronext?

– Peu importe qui rachète Euronext, la carte boursière européenne en sera profondément transformée. Il nous faut suivre ce dossier de très près. Mais l’introduction en bourse – et les informations qui l’accompagnent – n’est pas prévue avant le printemps.

– ICE a repris NYSE Euronext pour 11 milliards de dollars. Quelle serait la fourchette de prix pour les actions d’Euronext?

– Tout dépend des activités qui seront vendues: avec ou sans les dérivés? L’informatique? La vente de données? Pour le moment, le prix ne peut pas encore être estimé de manière fiable.

– Vous employez de nombreux experts en informatique. Allez-vous procéder à un outsourcing?

– Nous avons environs 4000 em­ployés, dont 2500 en Suisse, à Zurich, Olten, Genève, Bienne et Lugano. En 2014, nous allons rassembler toute l’informatique dans une seule division, qui aura à peu près 900 employés. Aujour­d’hui, seules les opérations sont centralisées, mais le développement est décentralisé. Comme la plupart de nos activités informatiques sont actuellement situées dans des emplacements avec un standard assez élevé, nous avons déjà procédé à un outsourcing dans l’information financière et en partie dans le développement informatique. Nous poursuivrons sur cette voie afin d’accroître notre marge de manœuvre. Nous en espérons une économie de plusieurs millions et de la valeur ajoutée additionnelle pour nos clients.

– Est-il vrai que vous allez déménager?

– Nous sommes disséminés en trois endroits à Zurich. Nous sommes locataires de notre siège central à Selnau, et le contrat arrive à son terme. Le nouveau centre de SIX se trouvera près du Hardturm dès le printemps 2017.

– Est-ce que l’échange automatique d’informations est une chance pour SIX?

– Les informations sont encore trop lacunaires à ce propos. La publication des données concernera sans doute les banques plutôt que SIX, même si nous pourrions mettre nos infrastructures à disposition.