Médecine

Passe d’armes autour du prix des médicaments au Campus Biotech

Les pouvoirs publics demandent plus de transparence dans les coûts de recherche. Plus facile de s’attaquer aux pharmas que de discuter les tarifs avec les médecins, ont fait valoir celles-ci mardi à l’occasion du Health Care Summit à Genève

«Quelqu’un peut-il me dire quels sont les fondements objectifs du concept de fair pricing (prix équitable, ndlr)?» Cette question anonyme, posée lors du Health Care Summit, coorganisé mardi par Le Temps et Politico au Campus Biotech, résume l’opposition autour du coût des médicaments. D’un côté, les entreprises pharmaceutiques et leurs incompressibles coûts de recherche et développement (R&D). De l’autre, les représentants des pouvoirs publics qui voient les coûts de la santé prendre l’ascenseur.

«Les pharmas finiront bien par nous montrer ce que coûte réellement la R&D», prédit le parlementaire européen José Inácio Faria. «Comme contribuable, je passe trois fois à la caisse: lors du paiement de mes impôts, de ma couverture santé et comme patient. C’est injuste», déplore ce Portugais, membre du Parti populaire européen (démocrate-chrétien).

La Suisse demande plus de transparence

L’Office fédéral de la santé publique s’en inquiète aussi. «Il n’y a rien de transparent dans ce secteur, déplore son directeur général, Pascal Strupler. Nous avons besoin de connaître les vrais coûts de R&D des pharmas afin d’aboutir à un système de prix plus transparent.»

Comme chaque automne, la publication des primes maladie anticipées pour l’année prochaine a beaucoup fait jaser en Suisse. Elles devraient augmenter de 4 à 4,5% en moyenne. Les médicaments y sont, génériques en tête, jusqu’à deux fois plus chers que dans le reste de l’OCDE, selon diverses études comparatives.

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Cette tendance n’est pas à imputer au secteur pharmaceutique, selon son lobby la Fédération internationale de l’industrie du médicament. «La croissance des coûts des médicaments est sous contrôle, assure son directeur général, Thomas Cueni, au Temps. Ces coûts représentent même une part plus faible (moins de 10%) des dépenses de santé du panier de la ménagère qu’il y a 20 ans.»

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La valeur contre le coût réel

Autres éléments à prendre en compte: la hausse de l’espérance de vie et de la qualité des soins. «On guérit aujourd’hui davantage de maladies. Il y a cinq ans, seuls 42% des patients répondaient au traitement contre l’hépatite C. On est passé à 90%», énumère Thomas Cueni. Comme le résume sur Twitter Elena Villanueva, de Médecins sans frontières: «L’industrie continue à insister sur la valeur plutôt que sur le coût réel des médicaments.»

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Les alliances entre pays méditerranéens ou du Benelux pour négocier les prix face aux pharmas ont été saluées par un certain nombre d’intervenants, qui estiment que les pays devraient abandonner davantage de prérogatives nationales et échanger un maximum d’informations sur le prix des médicaments.

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Fermer des hôpitaux

Une tendance qui n’est pas pour plaire au secteur. «Il est plus facile de s’attaquer à la pharma, qui a la réputation d’être riche, que de se bagarrer avec les médecins sur leurs tarifs ou de fermer des hôpitaux, dénonce Thomas Cueni. Même si tout le monde s’accorde à dire qu’il y en a trop en Suisse.» 

Conseiller spécial auprès du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Peter Singer s’avance en pacificateur: «Nous partageons tous l’objectif de rendre la médecine plus accessible. Nous différons simplement sur les moyens.»

Peter Singer

Ma santé pour un smartphone

Parmi le panel de moyens évoqués durant la série de conférences: la tarification, les politiques publiques mais aussi la technologie. Des représentants d’entreprises offrant des services de télémédecine ou développant des applications numériques de santé étaient présents afin de parler de soins à domicile, de dépistage précoce ou de médecine personnalisée.

Comme le résumait un conférencier, la santé est un secteur à part: «En technologie, peu importe si vous avez un iPhone 5 plutôt qu’un 8. Vous n’en mourrez pas. Mais dans le domaine de la santé, ça pourra être le cas si vous n’avez pas le meilleur traitement possible.» Une distinction qui pourrait disparaître si ces nouvelles technologies facilitaient demain l’accès aux soins. 

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