De nombreux indices mesurent la compétitivité économique des pays, d’autres évaluent la qualité de la vie ou la capacité des citoyens à pouvoir voyager librement à travers le monde. Mélange de ces différents aspects, le Quality of Nationality Index (QNI) ambitionne de mesurer la «valeur objective des nationalités du monde entier», comme le formule la société de conseil Henley & Partners qui l’a élaboré en partenariat avec Dimitry Kochenov, professeur de droit constitutionnel européen à l’Université de Groningen au Pays-Bas. «Nous mesurons la valeur des nationalités, non pas celle des Etats», a souligné ce dernier lors de la présentation de ce concept jeudi à Zurich. L’indice attribue une valeur aux droits extra-territoriaux associés à une nationalité. Le professeur souligne aussi qu’il ne reflète pas une simple perception des individus mais repose sur des données objectives calculées par différentes autres organisations.

La Chine demeure très restrictive avec ses citoyens

Pratiquement, l’indice inclut sept groupes de critères, incluant à la fois des facteurs internes (force de l’économie, développement humain, paix et stabilité) et externes (diversité des pays où les citoyens peuvent s’établir, liberté de voyager). La particularité de cette approche fait que des Etats qui disposent d’un niveau de vie relativement similaire peuvent avoir des positions totalement différentes dans ce classement. Alors que l’Allemagne et plusieurs pays scandinaves dominent le classement, les Etats-Unis (28e position) apparaissent loin derrière de nombreux pays industrialisés, tout comme Hong Kong (45e), en dépit de l’excellente position occupée par ces deux pays dans le récent classement publié par l’IMD.

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C’est le cas aussi de la Chine, en dépit de son essor sur le plan économique. «La Chine reste un pays très restrictif qui n’est pas du tout intéressé à laisser partir ses citoyens», explique le professeur. De même, la nationalité russe permet de s’établir librement uniquement en Biélorussie et dans quelques autres Etats. A l’inverse, les personnes qui détiennent un passeport du Liechtenstein ont la plus grande liberté de s’établir dans différents pays, illustre le professeur. Certains pays peuvent avoir une position très différente selon le critère utilisé: ainsi, les Singapouriens ont la plus grande liberté de voyager à travers le monde, mais ils n’apparaissent que beaucoup plus loin dans le classement en ce qui concerne celle de pouvoir s’établir ailleurs.

Perte d’attrait relatif de la Suisse

Quant à la Suisse, classée en huitième position, elle occupe toujours une position favorable dans ce classement. Si son score reste similaire à celui de 2011, notre pays a perdu deux rangs en l’espace de quatre ans. «La Suisse continue de bénéficier d’une excellente position mais elle doit être consciente que beaucoup d’autres pays progressent. Elle doit faire attention à ce que son attractivité ne diminue pas de manière relative. La politique doit aussi être attentive à cet aspect», estime Christian Kälin, président de Henley & Partners, leader mondial dans le conseil en matière de migration des investissements. Pourquoi avoir créé cet indice? L’expert explique avoir voulu développer un instrument plus sophistiqué que le «Visa Restrictions Index», un outil déjà existant qui mesure simplement le nombre de pays dans lesquels chaque détenteur d’une nationalité donnée peut se rendre.

L’indice est-il utile uniquement pour les investisseurs ou les personnes suffisamment fortunées pour s’établir dans d’autres juridictions? Ce n’est pas l’avis de Christian Kälin, qui rappelle que les avantages associés à une nationalité valent pour tous ses détenteurs.