Entre les hautes écoles et l’université, des passerelles impossibles

Social La faculté a refusé à deux psychomotriciens leur accès au master en psychologie

Ce revers est symptomatique du peu de perméabilité entre les différentes institutions

Lise Mischler (24 ans) et Jonas Foehr (26 ans) sont deux psychomotriciens, diplômés en 2012 de la Haute Ecole de travail social de ­Genève (HETS). Ils exercent aujour­d’hui leur profession auprès d’enfants souffrant de troubles du comportement et d’autisme. La psychomotricité est une discipline scientifique basée sur l’interaction entre les fonctions motrices et la vie psychique, indiquée en premier lieu pour les enfants et les adolescents.

En 2013, désirant poursuivre une formation pour progresser dans leur métier de thérapeute, Lise et Jonas ont fait une demande d’admission à la maîtrise universitaire en psychologie. Refus de l’Université de Genève (Unige) sous le prétexte que le plan d’étude qu’ils ont suivi et qui été sanctionné d’un bachelor en psychomotricité ne constitue pas une formation fondamentale dans le domaine de la psychologie scientifique actuelle. Margareta Baddeley, vice-rectrice de l’Unige, précise: «Il est apparu que pour ces cas les bagages de base en psychologie sont insuffisants. Ils doivent donc faire au préalable un bachelor en psychologie. Nous nous devons de maintenir un bon niveau d’étude.»

Stupeur de Lise et Jonas qui réalisent qu’ils doivent en quelque sorte repartir à zéro. «On nous impose de refaire des cours de première année où l’on aborde l’introduction à la psychologie alors qu’en tant que psychomotricienne, je reçois des gens en thérapie. C’est scandaleux et très méprisant pour nous et pour la profession», s’indigne Lise Mischler. Jonas Foehr enchaîne: «Dans les institutions, les psychomotriciens font partie du pôle thérapeutique. Nous possédons de vraies compétences basées sur d’indispensables connaissances en psychologie. Nous signifier que nous devons à peu de chose près refaire complètement un bachelor en psychologie est absurde.» Anne-Françoise Wittgenstein, la responsable de la filière psychomotricité à l’HETS, rappelle que le bachelor en psychomotricité a été reconnu par la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique. «Les hautes écoles spécialisées sont des universités des métiers dont l’expertise est fondée sur l’intégration des connaissances scientifiques et des compétences sur le terrain», insiste-t-elle.

Les deux psychomotriciens ont fait opposition à la décision du collège des professeurs, arguant entre autres qu’elle ne respectait pas les accords de Bologne, dont la Suisse est signataire. Ils ont fait une nouvelle proposition en demandant une admission à une passerelle (ou certificat complémentaire) donnant ensuite accès au master, comme cela se fait dans beaucoup de pays européens, notamment en France. Un second examen de leur plan d’étude les a une nouvelle fois déboutés.

Pascal Zesiger, doyen de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, indique: «L’accès au certificat complémentaire peut se faire dès lors que l’on a suivi un minimum de 60 crédits dans le domaine. Deux analyses du cursus de ces personnes ont abouti séparément à la même conclusion: seuls environ 40 crédits peuvent être comptabilisés dans le domaine de la psychologie, et c’est bien cela qui fonde le refus d’admission.» Le doyen précise aussi que «sur le principe, la réforme de Bologne ne prévoit aucun droit de passage automatique entre un bachelor d’un type de haute école, par exemple HES, et un master d’un autre, par exemple UNI».

Les psychomotriciens évoquent une forme d’injustice et de discrimination. D’autant que de leur côté, les diplômés en ergothérapie peuvent être autorisés à accéder au certificat complémentaire menant ensuite au master en psychologie. Une conseillère aux études de l’Unige confirme que les ergothérapeutes possèdent assez de crédits pour prétendre bénéficier de la passerelle au même titre que les diplômés en psychologie appliquée (formation dispensée uniquement en Suisse alémanique).

Cette annonce a stupéfié, là aussi, les psychomotriciens dont le cursus, de l’avis général, est davantage pourvu en cours de psychologie que celui des ergothérapeutes. Des chargés de cours font part de relations conflictuelles entre l’Unige et la filière en psychomotricité. Cette dernière a été détachée de la première en 1995 pour rejoindre la HES. Elle a été jugée trop professionnalisante pour demeurer dans la grande maison universitaire. «J’ai le sentiment que les formations HES sont dénigrées par les universitaires, souligne Lise Mischler. On nous fait croire qu’il existe des possibilités pour continuer à se former mais dans les faits des guerres de chapelle nous mettent des bâtons dans les roues.»

«Sur le principe, la réforme de Bologne ne prévoit aucun droit de passage automatique»