«Patek Philippe vient d'annoncer des résultats records pour l'année 1998. Son chiffre d'affaires est en progression par rapport à 1997 […]. La manufacture Patek Philippe réaffirme à l'aube de l'an 2000 son indépendance technologique et financière.» Tirés du communiqué diffusé par la marque horlogère établie à Plan-les-Ouates, ces deux extraits comptent parmi les éléments essentiels de l'information donnée par la société.

Au chapitre des résultats, nul doute que la manufacture encaisse elle aussi les dividendes de la crise asiatique. Elle le mentionne d'ailleurs en se bornant à préciser que les objectifs très élevés fixés en début d'année n'ont pas été atteints. Dans quelles proportions? Si le volume d'affaires ex-factory réalisé par celle qui figure au panthéon horloger suisse demeure top secret, on se souviendra qu'il était fixé voici deux ans aux environs de 200 millions de francs à l'interne de la société, sans autres indications, pour un volume – à la même époque – oscillant autour des 20 000 pièces.

Les Etats-Unis demandeurs

Si l'on n'est pas disert à Plan-les-Ouates quant au volume et au chiffre d'affaires réalisés, on peut néanmoins raisonnablement estimer que la marque doit aujourd'hui évoluer sur un rythme de production légèrement supérieur, de l'ordre de 2000 pièces supplémentaires par rapport à ce qui était alors indiqué. Une raison à cela: la forte demande des marchés en pièces acier, et le modèle premier prix Aquanaut. Ces deux facteurs ont probablement contribué, en dépit d'un volume à la hausse reporté sur le prix moyen, à ne pas faire exploser le chiffre d'affaires, qui se sera vraisemblablement maintenu aux environs de 200 millions ex-factory.

Par marchés, la ventilation des ventes laisse apparaître une progression généralisée, comme le précise H.O. Borès, directeur marketing/commercial, en relevant que l'Asie (33%) a continué à acheter Patek Philippe. Les Etats-Unis traduisent de leur côté une puissante croissance (28%) qui est la plus forte pour Patek Philippe, en parallèle d'ailleurs à la bonne tenue générale de cette région depuis plusieurs mois maintenant. Si l'Amérique du Sud absorbe son 5% de ventes, l'Europe du Nord se maintient quant à elle à hauteur de 20-22%, sans plus: les Asiatiques qui achetaient à la faveur d'un voyage sur le Vieux Continent bougent moins. Ils achètent par contre Patek Philippe chez eux, en Asie, note H.O. Borès. Le solde des affaires revient enfin à l'Europe du Sud et de l'Est.

Sur un autre registre, ce symbole qu'est Patek Philippe entend bien ne pas céder aux sirènes que les amateurs – groupes actifs dans l'horlogerie et le luxe, investisseurs de tout acabit – ne manquent pas de faire miroiter à celle qui demeure l'une des proies les plus convoitées. Dans cette perspective, un réaménagement de l'organisation du management et du fonctionnement de l'entreprise est en cours, sous la direction de Philippe Stern, président-directeur général et propriétaire.

Il devrait permettre de cimenter l'indépendance de la société tout en accroissant les performances, notamment sous l'angle du respect des délais de livraison, maladie chronique de cet ensemble complexe qu'est l'horlogerie.

P. Brandt/BIPH