Rares sont les sociétés qui font pareille unanimité. C'est toutefois le cas de Patek Philippe, la référence horlogère. Si la manufacture ne publie aucun chiffre, ses ventes sont estimées à 600 millions de francs. Rencontre avec Philippe Stern, président et propriétaire de la marque. Qui n'a toujours pas l'intention de passer définitivement le flambeau à son fils Thierry, malgré son retrait de presque toutes les tâches opérationnelles. Un départ qui était cependant dans l'air depuis plus de deux ans.

Le Temps: Comment se présente l'exercice en cours? Philippe Stern:Très bien. Les carnets de commandes se sont bien remplis au Salon horloger de Bâle et une conjoncture favorable continue de nous soutenir. La marche des affaires s'annonce excellente. Au niveau des pièces compliquées, nous n'arrivons d'ailleurs pas à répondre à la demande. Pour 2007, contrairement aux expectatives d'autres horlogers, nous ne nous attendons pas à un fléchissement. C'est plutôt l'optimisme qui est de rigueur. Mais cela va forcément ralentir un jour. Reste à savoir quand.

- Par continent, quelle est la répartition de votre chiffre d'affaires? - L'Europe représente 45% de nos ventes, avec en tête des marchés comme l'Italie, l'Allemagne et la Suisse. Dans ce pays, notre marché historique, l'évolution est correcte, sans être euphorique. L'Asie pèse pour 30% et l'Amérique du Nord 25%. Nous tenons beaucoup à cette répartition équilibrée qui nous permet d'atténuer les risques. - Qu'en est-il au niveau des pièces produites? - L'an passé, nous avons produit 38000 montres, dont 28000garde-temps à mouvement automatique et 10000montres à quartz. La clientèle masculine pèse pour 60% de nos ventes et les femmes 40%. La clientèle féminine recèle encore un énorme potentiel pour nous. Toujours est-il que notre production va rester stable ces prochaines années. - Combien de personnes travaillent pour Patek Philippe? - En dix ans, depuis que nous sommes installés sur notre nouveau site de Plan-les-Ouates (GE), la manufacture a créé plus de 400emplois.

A ce jour, Patek Philippe compte un peu plus de 1000 collaborateurs.

Dans l'ensemble du groupe, en comptant nos filiales de distribution à l'étranger et diverses sociétés affiliées, notamment dans le Jura, les effectifs s'élèvent à 1500 personnes au total. - La mode est à la filialisation de la distribution et à l'ouverture de boutiques en propre. Quelle politique poursuivez-vous? - Nous ne cherchons en aucun cas à étendre notre réseau de distribution. Nous disposons de 600points de vente et ce nombre ne devrait pas évoluer, afin de maintenir l'exclusivité de nos produits.

En ce qui concerne les boutiques, nous en possédons trois, à Paris, Genève et Londres. Là non plus, il n'est pas prévu de les étoffer. A moins qu'une opportunité spéciale ne se présente. Nous préférons renforcer la collaboration parfois séculaire que nous entretenons avec nos détaillants. Qui nous donnent d'ailleurs entière satisfaction. - La Chine vient d'introduire une taxe sur le luxe de 25%. Quelles en seront les répercussions? - Pour le secteur horloger suisse, cela pourrait ralentir la marche des affaires. Il ne s'agit en tout cas pas d'une incitation à l'achat. Je considère cet impôt comme une difficulté supplémentaire pour faire du commerce dans l'Empire du Milieu.

- Berne ou la Fédération horlogère ont-ils suffisamment œuvré pour défendre les intérêts suisses dans ce dossier? - Que pouvaient-ils faire d'autre? Je ne pensais pas qu'une simple lettre envoyée aux autorités chinoises allait les faire changer d'avis. Mais il ne faut pas désespérer, car la Chine a montré en de nombreuses occasions que les réglementations pouvaient très vite être abrogées ou modifiées. - L'horlogerie suisse vit une période euphorique. Quels sont toutefois les risques qui pèsent sur elle? - La menace se situe surtout au niveau de la production.

Certains horlogers produisent trop et, lorsqu'ils seront confrontés à un retournement conjoncturel, ils se retrouveront avec un gros stock d'invendus sur les bras.

Du coup, ils vont octroyer des rabais préjudiciables à l'ensemble du secteur en raison de la perte de prestige qui en découlera ou encore alimenter le marché gris. Ce qui aura les mêmes conséquences néfastes pour l'industrie. - Et le Swiss made? - Tout le monde sait que des horlogers usent et abusent de ce label. Mais ce thème est malheureusement récurrent.

Par ailleurs, je ne suis pas convaincu que la Fédération horlogère a vraiment pris le taureau par les cornes face à ce problème.

Il faut toutefois lui concéder que les grands groupes horlogers sont opposés au durcissement de la législation.

Quoi qu'il en soit, je ne me suis pas trop impliqué dans cette affaire.

Patek Philippe n'a pas besoin du Swiss made, puisque tous nos produits sont estampillés du poinçon de Genève, nettement plus strict et exigeant que l'appellation Swiss made. - Récemment Nick Hayek, patron de Swatch Group, a annoncé que sa marque Breguet devait venir chasser sur vos terres. Que vous inspire ce genre de déclarations? - Rien. Je ne suis nullement impressionné.

Nous menons notre barque comme bon nous semble et ne nous occupons pas de ce que font les autres marques.

Cela dit, une saine concurrence est toutefois très positive. Pour tout le monde d'ailleurs.