Premier producteur de films d'Europe, la société française Pathé est également le numéro un de l'exploitation de salles sur le Vieux Continent. En Suisse, elle a repris le complexe genevois de Balexert en juin 2001 et compte bientôt implanter des sites multiplexes dans une série d'autres villes. En termes de fréquentation, les treize salles de cinéma de Balexert battent tous les records, puisque le nombre des visiteurs atteindra dans tous les cas 980 000 – et vraisemblablement le million – pour l'année en cours. Directeur général de Pathé pour la Suisse, Grégoire Schnegg est convaincu que les multiplexes ont un grand avenir, au côté des cinémas des centres-villes.

Ayant acheté les droits des frères Lumière en 1896, Pathé est la plus ancienne maison de cinéma du monde. En 2001, après l'acquisition de Gaumont, elle est redevenue le principal pôle européen d'une industrie par ailleurs essentiellement américaine depuis les années 1920. Avec Astérix: mission Cléopâtre, elle a notamment réalisé le film le plus coûteux jamais réalisé en Europe. Si l'on connaît mal cette société, c'est surtout parce qu'étant en mains privées elle n'est pas cotée en Bourse.

Pourtant, présente dans plusieurs pays européens, l'entreprise de Jérôme Seydoux exploite également quatre chaînes de télévision d'une part, et plus de 750 salles de cinéma d'autre part. Elle a réalisé en 2001 un chiffre d'affaires de 580 millions d'euros et un bénéfice net de 13 millions d'euros. Clairement structurée par secteurs d'activité formant des sociétés aux structures financières autonomes, elle n'est, selon la formule de Grégoire Schnegg, «en aucune manière atteinte par le syndrome Kirch ou Vivendi».

Numéro un de l'exploitation de salles aux Pays-Bas comme en France, Pathé entend maintenant en priorité se développer en Suisse et en Italie, où elle vient d'ouvrir un complexe de 16 salles à Florence. En Suisse, un projet de construction majeur à Bâle, dont les architectes sont Herzog et de Meuron, fait actuellement l'objet de discussions politiques, le terrain appartenant à la Ville. A Zurich et à Berne, Pathé Schweiz AG en est à la phase finale des négociations sur l'acquisition de terrains destinés à des réalisations déjà entièrement planifiées. Dans les cinq ans, d'autres multiplexes devraient également voir le jour à Fribourg, à Neuchâtel et éventuellement à Schaffhouse.

«Le succès de Balexert, depuis que nous l'avons acheté à l'australien Village Roadshow, montre que notre politique de programmation, d'accueil et de promotion est bonne. Si nous atteignons la fréquentation la plus forte de Suisse sur un site, c'est aussi parce que nous avons ouvert deux bars, nous occupons d'un restaurant, avons créé un club-ciné juniors, organisons des conférences pour des sociétés et même des anniversaires: il faut faire vivre les salles, aller vers le public», explique Grégoire Schnegg. Et de noter que l'expérience genevoise démontre que ce type de complexes de salles a sa place en Suisse.

De formation commerciale, l'ancien responsable du sponsoring culturel Migros – alors très présent dans les festivals du film de Locarno, de Soleure ou de Fribourg – souligne que l'implantation de multiplexes offrant une qualité de vision et d'audition parfaite n'a guère nui aux cinémas des centres-villes en France, aux Pays-Bas ou ailleurs. «Il y a aussi un problème spécifique en Suisse: ici, il n'y a que 250 films nouveaux qui sortent par année. En France, ils sont 500! Il y a de la place pour des cinés de ville tout comme pour le cinéma d'art et d'essai, à condition de diversifier l'offre. C'est le travail des distributeurs, et des exploitants qui doivent les stimuler!»

Tous les pays voisins comptent de nombreux multiplexes. Pourquoi pas la Suisse? Selon Grégoire Schnegg, c'est en première ligne dû «à la difficulté de trouver et d'acquérir des terrains qui conviennent», ainsi qu'à la cherté relative de la construction. D'autre part, il n'y a de place que pour un seul site aux dimensions raisonnables par ville, sauf éventuellement à Zurich. Il s'agit donc d'arriver le premier.