Pourquoi la Bourse s'est-elle pareillement envolée avant de plonger, alors que le taux de croissance nominal non ajusté à l'inflation est d'une «monotonie effrayante» sur le long terme (autour de 7%)? se demande Mohsen Sohrabi. Au-delà de l'engouement pour les nouvelles technologies, les économistes ont cru que «le gâteau devenait plus grand». Comme ce n'était pas vraiment le cas, cette croissance rapide a créé des inégalités déclenchant à leur tour les mécanismes de rééquilibrage des sociétés démocratiques.

La Suisse a vécu deux cassures comparables dans l'après-guerre: 1961-1965, où l'indice SMI fut divisé par deux, et la récession de 1973-1974. «Dans dix ans, Martin Ebner ne sera même pas un épiphénomène», pronostique le consultant genevois, très critique envers la sphère financière. «Elle s'est prise pour un moteur de la croissance, alors qu'un tiers du profit réalisé par les entreprises américaines en 1999 (130 milliards de dollars sur 330) a été mangé par le coût des intermédiations financières.»

Nonobstant l'épée de Damoclès que représente l'endettement des consommateurs américains (bien plus élevé qu'il y a dix ans, mais ne disait-on pas du niveau d'alors qu'il était insupportable?), Mohsen Sohrabi est plutôt confiant à terme: «Nos clients n'ont pas vendu, dit-il, certains ont même regarni leur portefeuille en actions le mois dernier.»

Le défi est de garder la tête froide quand montent les clameurs inquiètes, de rester fidèle à sa stratégie tant que les moyens le permettent. Et de citer, a contrario, l'exemple d'une caisse de pension qui changea quatre fois de gérant de portefeuille pour cause de performance insuffisante. «Une analyse plus fine a montré que trois d'entre eux auraient battu l'indice, mais pas dans le laps de temps qui leur était imparti.»