Le Temps: Vous réagissez vivement à l'article évoquant hier, dans nos colonnes, des sorties de plusieurs milliards dans les fonds de hedge funds à Genève. Pourquoi?

Patrick Odier: Je réagis avant tout au titre (ndlr: «La crise entraîne des retraits de plusieurs milliards dans des banques genevoises») qui prête à confusion et inquiète la population, à tort. Les retraits auxquels fait allusion votre article ne correspondent pas du tout, dans notre cas, à des sorties de capitaux de clients inquiets, mais à des transferts vers d'autres classes d'actifs, au sein des portefeuilles de nos clients, et ce pour l'écrasante majorité de ces actifs. Il y a donc une confusion très regrettable entre une décision prudente de notre part de mieux diversifier les portefeuilles, et une hypothétique sortie de capitaux suscitée par d'éventuels clients. Il y a des réductions d'exposition aux placements alternatifs chez nous comme presque partout ailleurs, mais ces capitaux restent dans notre banque et sont placés différemment, dans des actifs mieux diversifiés et un peu plus prudents. Nous avons nous-mêmes conseillé ces réallocations à nos clients.

– Pas de retraits, donc, à proprement parler. Mais les clients des fonds de hedge funds ne se sont-ils pas tout de même désécurisés?

– Globalement, on le voit bien, les investisseurs sont inquiets et c'est bien compréhensible. Mais en réalité, la plupart des classes d'actifs sont actuellement sujettes à risques. Notre responsabilité est de les suivre très étroitement. Si nous avons acquis une certaine notoriété dans les classes alternatives, cela ne nous empêche pas d'avoir l'indépendance d'esprit de changer l'allocation d'actifs et de recommander à nos clients une stratégie plus prudente quand c'est nécessaire. Nous sommes des gérants actifs, et pouvons décider de devenir plus liquides y compris dans nos produits alternatifs afin d'éviter tout blocage éventuel et permettre de saisir les nouvelles opportunités d'investissement lorsqu'elles se présentent. Nous continuons de penser que les fonds de hedge funds rigoureusement gérés sont des instruments très importants pour la diversification des risques de portefeuille à long terme.

– Comment LODH traverse-t-elle la crise? Des clients privés viennent-ils se réfugier auprès de vous?

– De nombreux clients s'adressent, actuellement, à nous banquiers privés pour chercher refuge, conseils et expertise dans le domaine de l'allocation d'actifs. Les marchés financiers ayant beaucoup souffert, il faut évidemment s'attendre à ce que les actifs sous gestion soient, presque partout, à la baisse, pour des raisons de performance de ces marchés et non pour des questions de pertes de clientèle, qui elle au contraire continue de croître notamment auprès d'établissements comme le nôtre. Le modèle des banquiers privés indépendants est une solution recherchée par les clients. Notre philosophie n'est pas d'être une banque de bilan, nous ne sommes donc pas exposés aux problèmes de refinancement. Notre trésorerie n'est absolument pas affectée par la crise, de par la nature de nos métiers. Notre bilan n'est pas à risque, et nous avons les moyens pour entrer à nouveau sur les marchés lorsqu'ils nous le permettront. Une politique prudente et une philosophie à long terme nous permettent de mener une stratégie anticyclique: nous n'avons pas, comme d'autres, à prendre des mesures draconiennes de réductions de coûts. Au contraire, nous poursuivons nos développements à l'image des récents engagements et renforcements des équipes en Hollande, en France, et en Espagne, ou de l'ouverture de nouveaux bureaux tant en Suisse qu'à l'étranger.

– Etiez-vous à l'abri des risques de contreparties comme Lehman Brothers, AIG, Fortis, Dexia?

– Il y a 15 mois, nous avons pris la décision de ne plus avoir Lehman Brothers comme contrepartie. Notre évaluation des risques nous a aidés ici aussi à reformuler nos exigences de qualité. Nous n'avons subi à aucun moment de risques dans les institutions financières ayant à ce jour connu des difficultés ou ayant disparu.

Cela, c'est de la prudence.