Sans être une surprise, la nomination de Patrick Odier à la présidence de l’Association suisse des banquiers (ASB) annoncée lundi intervient à une période charnière pour la place financière helvétique. Confiance et dialogue ont dominé le discours tenu à Zurich par le successeur de Pierre Mirabaud. «Je vais m’employer à faire en sorte que le secteur financier – qui, bien entendu est coresponsable de la crise financière et économique actuelle – redevienne le moteur économique de notre pays et qu’il assume ses responsabilités», a déclaré Patrick Odier.

Autre cheval de bataille: adapter le secret bancaire tout en défendant la protection de la sphère privée. «En introduisant l’article 26 OCDE relatif à l’entraide administrative fiscale, la Suisse a franchi un pas décisif en direction de la communauté internationale», déclare-t-il. Pas question en revanche d’instaurer l’échange automatique d’informations à l’échelon international. «La discrétion et la protection des données devraient faire partie de toute société moderne. En tout cas, elles font partie intégrante de l’ADN de la Suisse.»

Quelles seront ses priorités lors de son entrée en fonction, en septembre prochain? Le futur président juge d’abord essentiel d’assurer «une transition et non une révolution» lors du passage de témoin au sein de l’ASB. Parmi les domaines qu’il juge prioritaires, il cite les négociations extérieures entre la Suisse et ses principaux partenaires. En matière d’accords de double imposition, l’ASB devra non seulement apporter son soutien au Conseil fédéral mais aussi exiger des autorités politiques qu’elles formulent des «conditions de négociations très claires garantissant l’avenir de la place financière suisse».

Réactions positives

L’Association des banquiers privés suisses (ABPS), une structure entièrement indépendante de l’ASB, accueille favorablement cette nomination. «Nous entretenons de longue date des contacts étroits avec Patrick Odier, tout comme avec son prédécesseur. Il a l’avantage d’avoir une très grande expérience au sein de différentes associations économiques», estime Michel Dérobert, le secrétaire général de l’ABPS. Etait-il important qu’un banquier privé soit nommé à la tête de l’association? «La tradition qui veut qu’un banquier privé préside l’ASB remonte pratiquement aux origines de l’association. Si les choses fonctionnent bien ainsi, il n’y a pas de raison de vouloir les changer. C’est un gage de stabilité pour l’association», estime-t-il aussi.

«Dans les temps actuels, il faut une personnalité forte, résolue, qui connaît autant la Suisse romande que la Suisse alémanique, ainsi que l’étranger. Patrick Odier est très diplomate, mais sait rester très ferme dans ses opinions», déclare Eric Sarasin, membre de la direction de la banque Sarasin.

Plusieurs banquiers genevois interrogés par Le Temps se sont réjouis de cette nomination. Il est important qu’un banquier privé continue de présider l’ASB, juge l’un. Patrick Odier devrait «exceller dans cette fonction de lobbyiste», déclare un autre. Un troisième ajoute qu’il «va aussi donner une image plus moderne du banquier suisse», ce qui pourrait être utile «en cette période de pression sur notre activité».

Une inquiétude toutefois: Patrick Odier pourra-t-il continuer d’exercer ses fonctions à la tête de Lombard Odier? «Mon organisation devrait me permettre de poursuivre mes activités de banquier privé», répond-il. Il admet toutefois qu’il va remettre certains de ses mandats, sans préciser lesquels. En revanche, il continuera d’assurer ses fonctions de vice-président chez economiesuisse. «Le secteur financier doit conserver les passerelles les plus étroites avec le reste de l’économie», assure-t-il.