Silencieux ces derniers mois, John Bowmer, président du conseil d'administration d'Adecco, et Jérôme Caille, son directeur général, sont sortis vendredi de leur réserve. Après avoir présenté mardi le bilan 2003 (LT du 02.06.2004), ils ont annoncé les résultats du groupe pour le premier trimestre. Des résultats marqués par les 36 millions d'euros (55 millions de francs) de frais comptabilisés pour l'audit et l'enquête indépendante menés depuis janvier. Alors que le chiffre d'affaires est quasi inchangé à 3,8 milliards (–1% en euros, +4% à taux de change constant), le bénéfice net chute de 53% à 30 millions par rapport à la même période en 2003.

Si les analystes ont relevé les dépenses extraordinaires et la performance réalisée (le meilleur trimestre depuis avril-juin 2001), ils ont avant tout écouté les dirigeants. Rappelé le 15 janvier à la direction opérationnelle, John Bowmer, l'ancien patron, était devenu ces derniers mois la voix unique du numéro un mondial du travail temporaire. L'annonce de son retrait du conseil d'administration le 29 juin lors de l'assemblée générale signale le retour en force de Jérôme Caille. Mis à l'écart aux yeux des marchés, le jeune patron français, âgé de 37 ans, sort renforcé de cette crise. «Le conseil a réaffirmé constamment sa confiance en lui ces derniers mois. Jérôme est l'homme qui dirige le groupe. La question ne se pose pas», précise John Bowmer.

Le retour en grâce de Jérôme Caille est d'autant plus marquant, qu'il a lieu en même temps que le remaniement d'une grande partie du conseil d'administration. Puisque sept de ses neuf membres actuels se retireront lors de l'assemblée générale. «Nous devions démontrer notre volonté de tourner la page. Nous réalisons ce que nous avions promis: mettre sur pied un conseil indépendant», explique John Bowmer. Sous réserve de leur élection à la fin de juin par les actionnaires, plusieurs personnalités s'apprêtent à rejoindre le conseil dont Jürgen Dormann, le redresseur d'ABB, et Francis Mer, l'ancien ministre français de l'Economie et des finances. Les observateurs notent aussi avec intérêt le retour de Klaus Jacobs. Comme au moment de la fusion en 1996, l'ancien propriétaire d'Adia retrouvera au conseil Philippe Foriel-Destezet, le propriétaire à l'époque d'Ecco. Le rapprochement de leurs sociétés avait donné naissance au groupe actuel. L'arrivée de fortes personnalités au conseil n'élimine pas les questions liées à la crise traversée depuis janvier. Interrogé sur son mutisme durant cette période, Jérôme Caille explique avoir cherché à protéger le groupe. «J'étais très occupé. Nous avons décidé très vite de partager le travail en deux. John s'est occupé de résoudre les questions liées à l'audit. Je me suis moi-même concentré sur la gestion du groupe. Cette tâche m'a pris du temps. Il m'a fallu beaucoup d'énergie pour maintenir nos activités dans les 70 pays où nous sommes présents», raconte-t-il.

160 000 heures d'audit

Au final, la découverte de failles dans les contrôles comptables internes de la filiale américaine coûte 100 millions au groupe dont 36 comptabilisés ce trimestre. L'ampleur de ce montant surprend. «La question du coût ne s'est pas posée. Nous devions préserver l'intégrité du groupe. Cet argent a payé les réviseurs, les avocats, les banquiers», énumère Jérôme Caille. «Rien que la firme d'audit a eu 160 000 heures de travail. Cela équivaut à la carrière de deux hommes travaillant

huit heures par jour pendant quarante ans», ajoute John Bowmer. Une énergie qui doit permettre à Jérôme Caille, désormais assuré du soutien du conseil d'administration, et au groupe, de repartir plus fort. Les investisseurs ont apprécié, le titre a gagné 2,5% à 63,8 francs à la Bourse suisse.