Le patron de Fiat a de nouveau fait des vagues en déclarant que son groupe, premier employeur privé d’Italie, gagnerait davantage sans ses usines de la Péninsule qu’il veut rendre plus compétitives, condition sine qua non au lancement des investissements prévus.

Avec son franc-parler habituel, Sergio Marchionne a déclaré dimanche soir à la télévision que «pas un seul des deux milliards (d’euros de bénéfice courant prévus en 2010, ndlr) ne sera gagné en Italie. Nous sommes encore en perte» dans le pays et «si on enlevait la partie italienne des résultats, Fiat ferait davantage».

Le groupe «ne peut pas gérer» des usines «en perte, pour toujours», a insisté le patron italo-canadien, pointant du doigt le taux d’absentéisme ou des situations d’«anarchie» dans certaines usines et dénonçant le manque de compétitivité de l’Italie dans son ensemble.

M. Marchionne a notamment souligné que les 6100 salariés de Fiat en Pologne produisaient le même nombre de voitures que les 22 000 salariés de la branche automobile en Italie.

À travers ces déclarations, M. Marchionne met une nouvelle fois la pression sur les syndicats pour qu’ils acceptent plus de flexibilité dans les usines italiennes afin de les rendre plus compétitives.

Premier employeur

Ces propos ont suscité une levée de boucliers dans le pays où Fiat est le premier employeur privé avec plus de 80 000 salariés.

«La vérité, c’est que Marchionne voudrait s’en aller d’Italie», a déclaré Guglielmo Epifani, le secrétaire général du syndicat CGIL tandis que Giorgio Cremaschi, responsable de la Fiom, branche métallurgie de la CGIL très opposée aux projets de M. Marchionne, a dénoncé «fausseté et bassesse».

Même les syndicats modérés les mieux disposés à l’égard du patron ont fait part de leurs critiques. Marchionne doit éviter de continuer à humilier les salariés et les syndicats» et «clarifier une fois pour toutes la réelle intention de Fiat» en Italie, a déclaré Rocco Palombella, de l’Uilm.

Le ministre de la Simplification, Roberto Calderoli (Ligue du Nord), a appelé Fiat à ne pas oublier que le gouvernement l’avait soutenu durant la crise en mettant en place des primes à la casse. Le patronat a en revanche soutenu M. Marchionne, qui use d’un ton un peu provocateur mais pour dire des «choses dramatiquement vraies», selon Alberto Bombassei, vice-président de la Confindustria.

Concessions demandées

Alors que Fiat s’est fixé pour objectif de devenir l’un des plus grands constructeurs mondiaux d’ici 2014 avec son partenaire américain Chrysler, M. Marchionne estime que le temps presse pour rendre les usines italiennes compétitives. Il veut parvenir à un accord d’ici la fin de l’année sur le modèle de celui de Pomigliano (sud), où Fiat a décidé de rapatrier la production de la Panda en échange d’un durcissement des conditions de travail.

Sans ces concessions, Fiat ne lancera pas les 20 milliards d’euros d’investissements prévus dans le pays d’ici 2014 et produira les nouveaux modèles ailleurs. Le groupe n’avait pas hésité cet été à annoncer la production en Serbie d’un modèle qui aurait dû être assemblé à Turin.

M. Marchionne a en revanche promis que si les syndicats acceptaient ses conditions, il augmenterait les salaires. La fermeté et le style anglo-saxon assumé du patron à l’éternel pull ras-du-cou passe de plus en plus mal dans la Péninsule alors qu’il avait été couvert de louanges il y a quelques années pour avoir sauvé le groupe de la faillite.

Sa décision l’an dernier de fermer l’usine de Termini Imerese en Sicile malgré la «bronca» syndicale et politique, avait suscité une intense polémique.