La lutte pour le contrôle de Forbo s'est achevée par la victoire de Michael Pieper, le patron des cuisines Franke. Les actionnaires du premier fabricant mondial de sols plastiques basé à Eglisau (ZH) étaient réunis jeudi en assemblée générale extraordinaire (AGE). Ils ont élu au conseil d'administration Michael Pieper ainsi que quatre de ses alliés. L'un d'eux, Albert Gnägi, a été nommé à la présidence du conseil.

Dans la foulée, les administrateurs ont rappelé avec effet immédiat This Schneider au poste de directeur général. Il avait démissionné de cette fonction le 6 décembre dernier en raison de désaccords avec l'ancien conseil.

En outre, les administrateurs Anton Bucher et Paul Tanos qui désavouent Michael Pieper ont annoncé leur prochain retrait. Willy Kissling, le président du conseil avait déjà notifié son départ. Ce dernier est membre du conseil consultatif de CVC Capital Partners, la société britannique de private equity qui a lancé début mars une offre publique d'achat (OPA) sur Forbo. Les majorités de plus de 80% des voix obtenues par Michael Pieper et ses proches laissent supposer que l'OPA n'a aucune chance de réussir.

La suppression, à la demande de CVC, de la clause limitant à 8% les droits de vote de chaque actionnaire renforce la position de Michael Pieper: désormais, il pourra pleinement faire valoir sa participation de 26%. Ses principaux alliés, Rudolf Maag, président de Straumann et la société américaine Tweedy Brown, disposent de respectivement 8,1% et 8,8% du capital.

Les incertitudes sur l'actionnariat et les instances dirigeantes de Forbo touchent à leur fin. Reste à entreprendre les restructurations dont la société a besoin. Le sujet avait été relégué au second plan depuis plusieurs mois: «Pour le moment, Forbo n'a pas communiqué les mesures envisagées pour résoudre ses problèmes, écrit Remo Rosenau, analyste chez LODH dans sa dernière étude. 2004 a été une année perdue à cet égard.» Pour faire face à sa restructuration budgétée à 200 millions de francs, Forbo a procédé en décembre dernier à une augmentation de capital de ce montant. Remo Rosenau s'interroge pour savoir dans quelle mesure les 162 millions de charges exceptionnelles comptabilisées l'année dernière entrent dans cette enveloppe.

Une progression difficile

Matthias Egger, analyste chez Helvea, s'inquiète davantage de la fragilité opérationnelle visible à travers les résultats de 2004 publiés jeudi. «Malgré un environnement plus favorable, la société ne parvient pas à améliorer ses résultats», écrit-il dans une note à ses clients. En 2004, le résultat opérationnel (EBIT) a reculé de 7,5% à 55,9 millions de francs. Le chiffre d'affaires, en baisse plus modérée, s'est inscrit à 1,6 milliard de francs.

Face à une concurrence asiatique grandissante, l'entreprise a un problème de coût. Il est notamment la conséquence des surinvestissements de la fin des années 90: l'usine flambant neuve de fabrication de courroies de transmission ne fonctionne qu'à 50% de sa capacité, selon Remo Rosenau. Le taux d'utilisation de l'unité des sols plastiques avoisinerait les 40%.

Par ailleurs, Forbo ne s'est pas suffisamment positionnée sur les marchés de croissance que sont l'Asie et l'Europe de l'Est. Par exemple, Forbo expédie des sols plastiques dans les pays émergents depuis son importante usine hollandaise. «Les frais de transport érodent une grande partie de la marge», remarque Remo Rosenau. Dans un communiqué provenant de Franke Holding, Michael Pieper a indiqué que Forbo allait désormais donner la priorité aux «mesures de restructuration urgentes».