Le patron du groupe Roche félicite la BNS

Pharma Severin Schwan contredit l’analyse du directeur général de Novartis

L’innovation et les gains de productivité permettent à la Suisse d’encaisser le coût de la levéedu taux plancher

Les deux géants de l’industrie pharmaceutique suisse – Novartis, numéro un mondial, et Roche, numéro trois – ont une vision totalement différente de l’impact de la décision de la Banque nationale suisse (BNS) sur leurs affaires.

La levée du taux plancher euro/franc qui a renchéri la monnaie helvétique de près de 20% est saluée par Severin Schwan, patron de Roche. Il s’exprimait mercredi à Bâle à l’occasion de la présentation des résultats du groupe en 2014. Mardi, Joe Jimenez, CEO de Novartis, affichait au contraire sa préoccupation et a annoncé l’examen de mesures de réduction des coûts en francs suisses suite à la décision de la banque centrale.

«La BNS a pris une bonne décision. Cela peut faire mal à court terme, mais c’est positif à long terme car cela pousse l’industrie suisse à innover et à augmenter sa productivité, ce qu’elle a d’ailleurs toujours su faire», commente Severin Schwan. Le choc de 2011 était beaucoup plus rude et il a été surmonté, souligne le patron de Roche. «Imaginez que nous avons pu passer d’un taux de 1,60 franc pour 1 euro à 1,20 sans gros dégâts. Alors passer de 1,20 à 1 franc n’est pas dramatique», explique-t-il à quelques journalistes suisses.

«En 2011, précise Alan Hippe, directeur financier de Roche, l’impact négatif sur notre chiffre d’affaires avait été de 12%, et celui sur le bénéfice d’exploitation de 15%. Ce sera nettement moins important aujourd’hui, avec une répercussion de 9% sur le bénéfice opérationnel si le cours du franc suisse reste en 2015 à son niveau moyen depuis le 15 janvier.»

Le fait que Roche tienne sa comptabilité en francs, alors que Novartis le fait en dollars, renforce cet impact comptable comparé au chiffre de 4% cité mardi par Joe Jimenez, patron de Novartis.

Severin Schwan rappelle que déjà aujourd’hui la prospérité suisse et le haut niveau des salaires en comparaison internationale s’expliquent par la capacité du pays à innover et à augmenter sa productivité. «Le phénomène n’a rien de nouveau, et Roche parviendra à le faire suite à la décision de la BNS, précise-t-il. Il n’y a aucun problème à payer des salaires élevés si la productivité suit et que les bonnes conditions-cadres suisses, comme la qualité de la main-d’œuvre ou la stabilité politique et juridique sont assurées.»

Le patron reconnaît cependant que les grands groupes pharmaceutiques suisses peuvent assez facilement limiter l’impact des variations des taux de change face au franc. Comme Novartis, Roche ne réalise que 2% de son chiffre d’affaires en Suisse. «Cela ne pèse donc pas dans la balance, même si 18% de nos coûts sont en francs suisses», constate Severin Schwan.

Le patron de Roche tient à remettre le poids de l’euro dans le contexte global des affaires pharmaceutiques. «La monnaie de référence de l’industrie, c’est le dollar et pas l’euro. Or le cours du dollar face au franc, après la décision de la BNS, se trouve au même niveau qu’il y a un an.»

Dans la zone euro, Roche encaisse davantage de recettes qu’elle ne dépense (21% du chiffre d’affaires, contre 17% des coûts). Près de la moitié du chiffre d’affaires est réalisé en dollars (41%), comparé à 38% des coûts dans cette monnaie.

Contrairement à l’analyse faite chez Novartis, le différentiel en francs entre ventes et coûts ne constitue pas un problème pour Roche. «Nous avons toujours produit et investi dans ce pays et nous continuerons à le faire avec un franc un peu plus fort face à l’euro», assure Severin Schwan.

La politique d’acquisition d’entreprises par Roche a débouché sur des achats pour quelque 9,6 milliards de francs en 2014. Dans ce domaine aussi la décision de la BNS n’aura aucun impact. «Notre stratégie d’acquisitions ciblées selon nos besoins et les occasions qui se présentent sera poursuivie en 2015. Elle n’est pas du tout influencée par le renforcement du franc, puisque nous achetons ces sociétés dans la monnaie où nous réalisons la majorité de nos affaires, soit le plus souvent en dollars», constate le patron du groupe.

La stratégie d’acquisition d’entreprises n’est pas influencée par la force du franc