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Torbjorn Tornqvist à Londres, octobre 2013.
© Luke MacGregor/Reuters

Matières premières

Le patron de Gunvor chassé de son poste de consul de Suède à Genève

Torbjörn Törnqvist abandonne la fonction honorifique qu’il occupait depuis dix ans. Il se dit victime d’une «décision politique». Son groupe de trading est accusé d’avoir commercialisé du pétrole biélorusse exporté illégalement

Le patron et cofondateur du trader pétrolier Gunvor, Torbjörn Törnqvist, va quitter sa fonction de consul honoraire de Suède à Genève. La décision fait suite à une enquête de la radio publique suédoise diffusée le 4 mai. Elle accuse le groupe basé au bout du lac d’avoir commercialisé du pétrole exporté illégalement de Biélorussie en 2007-2008.

«Après ce programme à la radio, nous avons eu une conversation avec Torbjörn Törnqvist et il a demandé d’être relevé de sa fonction de consul honoraire», a indiqué au Temps un porte-parole du ministère suédois des Affaires étrangères, revenant sur une information du quotidien Svenska Dagbladet. «Sa requête va être acceptée», précise ce porte-parole, Patric Nilsson.

Une fonction non rémunérée

Mais dans une prise de position adressée au Temps, le patron de Gunvor indique au contraire avoir été démis de ses fonctions brutalement, sans avoir pu s’expliquer sur l’affaire biélorusse.

La fonction de consul honoraire de Suède, qu’il occupait depuis dix ans, n’était pas rémunérée. Selon Gunvor, Torbjörn Törnqvist payait de sa poche les activités du consulat de Genève. Il avait été nommé en 2007 par un gouvernement libéral. Le changement de majorité politique en Suède et le retour aux affaires d’un gouvernement de gauche ont pu jouer un rôle dans sa mise à l’écart.

Lire aussi: Le patron de Gunvor rembourse son ancien associé

Dans son émission, la radio publique suédoise affirme que la Biélorussie a exporté frauduleusement des dizaines de milliers de tonnes de pétrole russe dans les années 2007-2008. Le système était bien rodé. Dernière dictature d’Europe, le pays recevait du pétrole russe bon marché au nom d’une forme de fraternité post-soviétique. Lorsque les produits étaient réexportés, la Biélorussie devait verser des taxes à la Russie. Mais certaines cargaisons ont été exportées sous la fausse appellation d’additif pour pétrole, ce qui permettait d’éviter les taxes.

Selon la radio suédoise, ce dispositif a permis de générer des millions de dollars de profits illicites, avec la complicité des plus hautes autorités du pays, notamment du vice-premier ministre Vladimir Semashko. Gunvor est intervenu en bout de chaîne, comme acheteur du produit. Le pétrole était étiqueté «essence russe sans plomb» à sa sortie de Biélorussie et revendu ensuite sur le marché européen. Une enquête des douanes estoniennes documenterait le rôle de Gunvor dans ce trafic.

Dans une déclaration écrite, Gunvor admet avoir acheté des produits biélorusses, mais réfute une bonne partie des informations données par la radio.

Un milliardaire «surpris et déçu»

«En 2007, Gunvor a acquis environ 13 000 tonnes d’additif antidétonant Ecolon-370, qui est un produit de coupe pour essence avec une haute teneur en benzène, précise son porte-parole Seth Pietras. Ces composants ont été acquis sur le marché spot et Gunvor les a achetés en Lettonie après qu’ils ont passé les douanes biélorusses. Cela signifie que Gunvor n’avait pas de connaissance, ou d’implication dans ce qui s’est passé avec ces produits avant leur exportation de Biélorussie. Nous n’avions pas non plus de raison de soupçonner des anomalies dans le processus d’exportation.»

Selon Gunvor, la documentation était en ordre, la Biélorussie était bien mentionnée comme pays d’origine, et le produit n’a pas été revendu comme essence – ce qu’affirme la radio suédoise – mais a été mélangé à d’autres composants pétroliers, comme le voulait sa dénomination d’origine. Le groupe, qui possède son quartier général à Genève, n’a jamais fait partie d’un système d’exportation frauduleux, affirme son porte-parole.

Lire aussi: Portrait de Torbjörn Törnqvist en marin patient, paru dans Le Temps en juin 2016

«Gunvor n’a absolument rien fait de mal du point de vue légal ou éthique, explique son patron Torbjörn Törnqvist dans une déclaration écrite transmise par Gunvor. Nous n’avons jamais entendu parler d’une enquête de la Biélorussie ou de l’Estonie, et n’avons jamais été approchés par une autorité judiciaire à ce sujet. Je suis surpris et déçu de la décision précipitée du gouvernement suédois, qui a forcé ma démission du poste de consul honoraire à Genève. Je n’ai pas pu m’expliquer à ce sujet. C’était clairement une décision politique.»

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