«Satisfait ou remboursé!» Le slogan cher au commerce de détail va-t-il aussi fleurir dans les pharmacies? Joe Jimenez, patron de Novartis, sans aller jusque-là, estime que la pratique d’un remboursement ciblé sur quelques médicaments va se développer ces prochaines années sous la pression des autorités de santé. Il l’affirme dans une interview, publiée jeudi dans le Wall Street Journal, et se dit prêt à faire un effort dans ce sens.

Joe Jimenez cite l’exemple du médicament Aclasta contre l’ostéoporose. Cette injection intraveineuse est notamment administrée après une fracture pour éviter un nouvel accident osseux. Le groupe bâlois serait prêt à rembourser le traitement en cas de nouvelle fracture. Le risque n’est pas négligeable selon les cas puisque, par exemple, chez les patientes âgées de plus de 75 ans Aclasta réduit le risque de nouvelle fracture d’une vertèbre de 60% seulement.

En réalité, cette pratique n’est pas nouvelle dans l’industrie pharmaceutique. Sous pression des autorités de la santé, et pour pouvoir continuer à obtenir des prix de vente élevés pour leurs nouveaux médicaments, les laboratoires ont fait des concessions qui peuvent prendre des formes diverses. Cela va, en cas d’échec du traitement, de la prise en charge de la différence de prix comparé au médicament concurrent meilleur marché, au remboursement total, en passant par des systèmes de contrôle a posteriori du ratio prix/efficacité qui peuvent conduire à la réduction générale du prix du médicament, voire à sa radiation de la liste des traitements remboursés. Ce domaine, régi par des accords le plus souvent confidentiels entre chaque groupe pharmaceutique et chaque autorité nationale de santé, est très opaque. Selon une base de données constituée par les auteurs d’une récente étude internationale de l’Université de Washington, plus de 100 accords existent.

Le pays le plus interventionniste en la matière (25 accords mentionnés) est la Grande-Bretagne. Son service de santé NICE (National Institute for Health and Clinical Excellence) est à la fois redouté et critiqué par les entreprises pharmaceutiques qui crient à la restriction de l’accès aux soins. En 2002, NICE avait refusé l’enregistrement d’un traitement contre la sclérose en plaques, avant de revenir sur sa décision en le soumettant à un contrôle serré prix/prestations. L’Italie, via un système de paiement à la performance entraînant des rabais jusqu’à 50%, est également sévère.

Certains anticancéreux, alors même que de nombreux traitements ne font que prolonger la vie sans guérir, ce qui exclut l’application du principe «satisfait ou remboursé», sont aussi soumis à un contrôle strict. NICE ordonne, dans certains cas, l’arrêt du traitement avec Velcade, un anticancéreux de Janssen-Cilag. Novartis a en outre déjà passé un accord de remboursement avec des caisses maladie allemandes concernant Aclasta, et subit un contrôle très serré de NICE pour l’utilisation de Lucentis, contre la dégénérescence maculaire.

Une centaine d’accords, souvent confidentiels,

ont été recensés