L'offre publique d'achat hostile lancée sur Sulzer en février dernier par Incentive Capital, société d'investissement du financier bâlois René Barginsky, aura fait bouger les choses au sein du groupe de Winterthour. Dernier rebondissement: Ueli Roost annonçait lundi matin sa décision de quitter avec effet immédiat l'ensemble de ses fonctions au sein d'un groupe où il occupait les postes de président des conseils d'administration de Sulzer et Sulzer Medica (filiale à 74%) et la place de directeur général de Sulzer. Si cette décision avait déjà été annoncée dans le cadre des restructurations en cours au sein de la branche industrielle, elle intervient toutefois avec quelques mois d'avance et touche également les fonctions d'Ueli Roost au sein de Medica. «Je suis fortement identifié à l'échec de la fusion entre Sulzer et Sulzer Medica refusée par les actionnaires en automne dernier, précise Ueli Roost, l'ancien patron de Céramique Laufon qui avait remplacé Pierre Borgeaud à la tête du groupe en avril dernier. Pour Sulzer, je représente ainsi un point faible supplémentaire dans la tentative de reprise en cours. Après mûre réflexion, je suis parvenu à la conclusion que mon retrait immédiat était dans l'intérêt de l'entreprise.» Ueli Roost sera remplacé par Leonardo Vannotti à la présidence de Sulzer et par Max Link à celle de Medica.

Plongeon du titre

Depuis bientôt un an, le groupe est en effet engagé dans un large processus de recentrage de ses activités à la fois dans les technologies de surface et des matériaux au sein de Sulzer et dans les techniques médicales avec Medica. Dans la foulée, ses instances dirigeantes et notamment Ueli Roost proposaient de fusionner les deux secteurs en rachetant les 26% de Medica qui échappaient encore à leur contrôle. Autant dire que la communauté financière a fraîchement accueilli la nouvelle, estimant que Sulzer s'emparait à bon compte de la vache à lait du groupe. Résultat: le titre s'effondrait en Bourse, forçant la direction de faire machine arrière, sous l'impulsion d'Incentive Capital détenteur de 15% des actions. Cette société n'allait toutefois pas s'arrêter en si bon chemin, tentant dans un premier temps de placer ses hommes au conseil pour ensuite lancer une OPA sur le groupe à hauteur de 4,4 milliards de francs.

«On peut finalement penser que cette tentative de reprise aura agi comme un puissant catalyseur sur Sulzer, expose Volkan Goçmen, analyste auprès de Pictet & Cie. Car la direction de Sulzer est arrivée aux mêmes conclusions que ces financiers en proposant une scission complète de Medica. Les investisseurs attendaient une telle mesure depuis longtemps pour que cette société puisse se développer sur ses marchés en toute indépendance.»

Offre pas augmentée

Lors du dernier exercice du groupe, la filiale active dans les technologies médicales a en effet contribué pour 230 millions au résultat opérationnel de 417 millions. Autant dire que Sulzer n'a pas l'intention de brader les actifs de la compagnie et s'oppose avec véhémence à l'OPA d'Incentive qui, selon la direction, ne reflète pas la valeur réelle du groupe. En février, Incentive proposait aux actionnaires de Sulzer deux titres Sulzer Medica assortis, au choix, de 410 francs ou 0,9 action d'InCentive. La société a clairement fait savoir qu'elle n'avait pas l'intention d'augmenter cette offre et assure avoir déjà la majorité des voix derrière elle. Les actionnaires devront se prononcer le 19 avril prochain sur la question.

Reste que les marchés n'ont guère réagi à la démission de Ueli Roost, l'action Sulzer clôturant en hausse de 1,18% à 1111 francs et celle de Medica à 360 (+2,56%). Or à ces niveaux, la stratégie de défense des dirigeants du groupe n'a pas tout le support souhaité.