Le Temps: Vous avez récemment annoncé que vos commandes ont grimpé de 9% en 2010. Est-ce un bon signal pour cette année?

Ton Büchner: L’an dernier a certainement été meilleur que ce que nous avions anticipé. Les facteurs économiques fondamentaux sont plus positifs qu’il y a quelques mois. Pour 2011, nous prévoyons que les secteurs de début de cycle continueront de croître, même si cela risque d’être à un rythme moins élevé. Cela concerne l’automobile, le papier et la pâte, ainsi que l’aviation. Les secteurs de fin de cycle, comme les hydrocarbures et l’énergie, resteront dans une situation difficile. En revanche, les industries gazière et pétrolière pourraient légèrement se redresser.

A plusieurs reprises, Viktor Vekselberg a dit vouloir ouvrir les portes de la Russie à Sulzer. Pour l’instant, cela ne semble pas être le cas. Pourquoi?

Renova (ndlr: entreprise détenue par Viktor Vekselberg) et Sulzer ont progressé ensemble sur le marché russe. Sulzer a investi davantage dans ce pays pour ouvrir de nouveaux sites et nous avons envoyé des experts. Nous avons enregistré des résultats. En 2010, nous avons bénéficié de la collaboration de Renova pour certains projets, notamment dans le domaine des turbines. Cela a été positif pour Sulzer. Mais la Russie est un marché difficile et nous ne pouvons pas en attendre une croissance très rapide. Cela nécessite au préalable passablement de travail.

Le succès de l’industrie suisse réside souvent dans son portefeuille d’innovations. Quelles sont celles, récentes, qui marchent le mieux pour Sulzer?

Nous avons inventé un revêtement de carbone pour les bagues de synchronisation qui se place dans les boîtes de vitesses des automobiles. Quand vous changez de vitesse, le boîtier doit rester stable pendant une seconde afin de synchroniser la vitesse avec les roues. Ainsi, nous sommes parvenus à améliorer la synchronisation. La consommation d’essence diminue et le poids des bagues de synchronisation peut être divisé par deux.

Le même revêtement de carbone est appliqué sur une vingtaine d’autres pièces d’une voiture. Cela permet au fabricant d’avoir beaucoup plus de liberté dans la manière de désigner un véhicule et d’avoir un produit moins cher. Durant trente années, les fabricants de voitures ont utilisé la même technologie. Notre revêtement de carbone a rencontré un succès incroyable sur le marché, non seulement auprès de grands fabricants allemands, mais également auprès de sociétés asiatiques comme Tata.

Par ailleurs, nous avons mis au point l’an dernier un nouveau processus de production du plastique biologique résistant à une température de 200 degrés. Le plastique biologique permet d’avoir recours aux matériaux renouvelables – aujourd’hui à partir de sucre et à l’avenir probablement à partir d’autres matières premières renouvelables – et de se passer ainsi complètement de pétrole. Dans un autre cas, nous avons mis au point une technologie novatrice de stockage de gaz carbonique en le comprimant. Dans ce cadre, nous avons signé à fin 2010 notre plus grosse commande avec une entreprise canadienne.