Juan Somavia, directeur du Bureau international du travail (BIT), ne fait plus l'unanimité. Sa candidature à un troisième mandat est contestée. En l'occurrence par le patronat français (Medef) qui vient d'annoncer sa décision de présenter son propre candidat à l'élection prévue pour novembre.

L'éventualité d'une alternative arrive comme un pavé dans la mare. Le Chilien Juan Somavia avait été candidat unique en 2003, lorsqu'il avait été reconduit dans ses fonctions. «Il avait bien manœuvré pour être de nouveau le seul candidat en lice», raconte un observateur anonyme. La Confédération syndicale internationale (CSI), qui regroupe 300 syndicats nationaux, lui a exprimé son soutien dès le mois dernier. Guy Ryder, secrétaire général de la CSI, n'envisage pas de revoir sa position en cas de nouvelles candidatures. Le nom du syndicaliste est mentionné comme successeur potentiel à Juan Somavia dans cinq ans. «J'assume mes responsabilités actuelles avec plaisir», répond-il.

Des pays d'Amérique latine et d'Afrique se seraient engagés à ne pas présenter de candidats. Juan Somavia bénéficierait aussi du soutien des Etats-Unis.

Du sang neuf

La démarche du Medef a été annoncée mardi à la veille de l'assemblée générale annuelle du BIT. Celle-ci accueille 3000 délégués (ministres du Travail, représentants patronaux et dirigeants syndicaux) du 28 avril au 13 juin à Genève. Un éventuel troisième mandat de Juan Somavia fait jaser.

Antonio Penalosa, secrétaire général de l'Organisation internationale des employeurs (OIE), soutient le principe d'une élection ouverte. Selon lui, l'organisation devrait redéfinir ses priorités et s'orienter davantage vers la création d'emplois, vers la formalisation du secteur informel et assouplir les conventions pour aider les entreprises à créer des emplois.

«Le BIT, 3000 emplois et un budget ordinaire de 641 millions de dollars pour 2008-2009, a un problème de gestion, accuse l'un de ses hauts cadres qui estime que le directeur actuel devrait laisser la place à du sang neuf. Que peut-il accomplir durant les cinq prochaines années de plus que ce qu'il a réussi durant ces dix dernières?»

Selon notre interlocuteur, plusieurs problèmes ne sont pas résolus par manque de décision. Par exemple, l'immeuble du BIT, construit en 1973, devrait être rénové de toute urgence. Les travaux sont devisés à 180 millions de francs, mais l'organisation ne dispose que de 60 millions. Aucune solution n'est en vue pour l'heure.

Kari Tapiola, directeur exécutif du BIT, défend son patron et avance que celui-ci jouit d'un large soutien. Il estime surtout que le BIT, sous la houlette de Juan Somavia, a accompli plusieurs réalisations: le nombre d'enfants au travail diminue, l'Agenda pour un travail décent avance et la collaboration avec d'autres organisations fonctionne très bien.