Réforme

Le patronat genevois appelé à monter au front face au terrorisme 2.0

Ivan Slatkine, président de la FER Genève, invite ses membres à renforcer la lutte contre le risque d’attentats. Outre les traditionnelles instructions de vote, la rentrée des entreprises a été l’occasion de rappeler les enjeux fondamentaux de RIE III

Genève a tenu mardi soir sa neuvième rentrée des entreprises. La manifestation a réuni plus de 3000 personnes, sur les 27 000 invités membres de la Fédération des entreprises romandes Genève (FER). Pour le secteur privé du bout du lac, 2016 n’aura pas été de tout repos: travaux en vue de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), montée des populismes et des thèses isolationnistes notamment en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, etc.

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Mais c’est surtout le premier thème, celui de la fiscalité des sociétés, qui a rempli les discussions. «Je lui fais ma déclaration d’amour à cette réforme», s’emporte Pierre Maudet, ministre genevois charge de l’Economie. Dans un plaidoyer bouillonnant en faveur de RIE III, l’élu PLR a rappelé à quel point cet aggiornamento fiscal – dont les dimensions dépassent le cadre cantonal – allait bouleverser les structures économiques existantes. «RIE III, c’est comme l’Arche de Noé: il y a de la place pour chacun», résume-t-il. Message induit: il faut monter à bord et ne pas simplement attendre le déluge.

Une mue inévitable

De son côté, Ivan Slatkine se dit conscient de la contrainte de réussir RIE III. A la nuance près que le président de la FER considère à présent que les conditions – soit le cumul des mesures de compensation proposé quelques heures plus tôt par le Conseil d’Etat genevois – permettant de soutenir une hausse modérée des charges patronales sont absentes.

RIE III est aussi d’après lui l’occasion de revoir en profondeur la répartition des charges entre l’Etat et les communes. L’idée corollaire: rendre l’administration plus efficace et plus en phase avec la quatrième révolution industrielle (cyberadministration).

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«Le vote sur le Brexit place la Suisse dans une situation délicate au regard du vote du 9 février sur l’immigration de masse», poursuit Ivan Slatkine. Les effets pervers de cette votation, dont la mise en œuvre constitutionnelle est imminente: abaissement des contingents de permis extra-européens B et L l’an passé, ayant entraîné une pénurie dans le canton de Genève à fin août courant. L’organisation patronale appelle à ce que l’immigration ne soit pas traitée de manière uniforme.

«Malgré un franc qui reste surévalué, l’économie suisse tient le choc», relève également Ivan Slatkine. Et ce dernier de s’inquiéter plus particulièrement de la vague terroriste qui fait aujourd’hui usage des nouvelles technologies: «Je vous invite à soutenir le 25 septembre prochain le projet de nouvelle loi sur le renseignement», assène-t-il, avant de rappeler que Genève recense plusieurs cibles potentielles, comme le siège européen des Nations unies, celui de nombreuses multinationales et Cointrin.

De fausses bonnes idées

Les instructions de vote ont ensuite concerné l’initiative «Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte)». «Nos milieux estiment que cette transition devrait se réaliser par un engagement librement consenti», insiste Blaise Matthey, directeur général de la FER.

Résultat: le responsable appelle à voter non le 25 du mois prochain. Idem pour la limitation à 500 francs des frais de déplacement (objet cantonal) et l’initiative fédérale AVSplus. «Pour trouver les milliards supplémentaires, il faudrait renchérir le coût du travail», estime Blaise Matthey. Ce qui est exclu, selon lui.

«Le paradoxe, c’est qu’en augmentant les prélèvements salariaux, cette initiative va accroître la tendance à la délocalisation et éroder la base même du financement de l’AVS», prévient Blaise Matthey. Pire: ce texte encouragera, selon ce dernier, la robotisation et donc la disparition de certains emplois.

«Comme les prestations complémentaires sont imposées, les impôts vont augmenter pour 10% des bénéficiaires de l’AVS», calcule encore Blaise Matthey. Et ce dernier d’ajouter sur un ton sarcastique: «C’est ce qui s’appelle avoir une idée généreuse en apparence, mais dangereuse dans la réalité.»

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