Le secteur de la construction se trouve dans une situation difficile. Le marasme est attesté par les dernières statistiques tirées du Journal suisse des entrepreneurs. Si l'on exclut les contrats exceptionnels dus au chantier du tunnel ferroviaire du Gothard, les commandes ont reculé, en termes réels, de 2% en 2002, alors que le chiffre d'affaires global chutait de 3%.

Le bâtiment, contrairement au génie civil, a particulièrement souffert, avec une réduction des réserves de travail de 2,5% au 1er janvier 2003. Seuls 30 900 nouveaux logements ont été construits en 2002, soit une baisse de 4% comparé à 2001. Et cela, malgré des taux hypothécaires historiquement bas et des prix de la construction à la baisse. «Je ne comprends pas ce qui se passe, note Werner Messmer, président de la Société suisse des entrepreneurs (SSE). Investir dans la construction n'a pourtant jamais été aussi avantageux depuis de nombreuses années. Le rendement brut de 5 à 6% dépasse largement celui des marchés boursiers.»

Le pessimisme est également de mise pour l'année en cours. Sans tenir compte des travaux du Gothard, les réserves de travail plongent de 41% dans le bâtiment, et de 23% dans le génie civil au court du premier trimestre 2003. En incluant ce gros chantier ferroviaire, le travail est limité à 5,7 mois dans le bâtiment, et à 7,1 mois dans le génie civil.

«La plupart des entreprises tablent sur une poursuite du recul de l'entrée des commandes et sur une baisse des prix en 2003, note Edmond Loward, chef du département politique économique de la SSE. Cela devrait entraîner une détérioration de la capacité bénéficiaire, malgré d'éventuelles mesures de restructuration et de compression d'emplois.» Batigroup, deuxième groupe suisse de la construction, a confirmé cette tendance, en annonçant lundi une chute de 46,5% de son bénéfice d'exploitation en 2002 malgré une réduction de 12% de son personnel. «Cette année, le marché de la construction restera difficile», affirme Batigroup, qui tire cependant directement profit du chantier du siècle au Gothard.

Pourtant, le nouveau président de la SSE, entré en fonctions au début de l'année, juge parfaitement inutile la mise au point par la Confédération d'un plan de relance, comme le souhaitent les partis de gauche et les syndicats. «Gémir ne sert à rien, note Werner Messmer, chef d'entreprise et conseiller national radical thurgovien. La Confédération est endettée pour des montants se chiffrant en milliards de francs. Or, qui dit dettes supplémentaires pour un plan de relance dit aussi futures hausses d'impôts qui pénaliseront les entreprises. L'impulsion économique ne peut pas venir de la construction, qui n'est pas, en soi, un moteur de croissance. Elle doit s'appuyer sur les consommateurs.» Il «partage tout à fait l'avis du ministre de l'Economie Joseph Deiss», et ne juge pas catastrophique la situation du marché de la construction. «On ne peut pas parler de crise, mais de simple stagnation liée à la faiblesse des entrées de commandes dans certaines régions.»

L'évaluation du conseiller national et président de la SSE Werner Messmer est-elle davantage politique qu'économique? On peut le penser tant il est rare de voir une organisation faîtière refuser de défendre un projet d'aide financière directe qui lui est destinée. «On ne résout pas de cette manière les problèmes structurels de la branche», souligne le Thurgovien, qui constate que les emplois fixes ont certes diminué de moitié, à 90 000 dans la branche, mais que le nombre d'entreprises n'a pas changé. Autrement dit, un plan de relance retarderait encore la restructuration en soutenant «des entreprises à faible capacité concurrentielle».

La SSE attend simplement de la Confédération qu'elle dynamise ses dépenses d'infrastructures, sans les réduire. En ce sens, elle soutient le projet de gestion indépendante d'un fonds d'infrastructures, doté de 3,7 milliards de francs, aujourd'hui intégré dans le budget de la Confédération pour financer le réseau autoroutier.