Un pays plongé dans le noir. On est encore loin de ce scénario catastrophe, mais le terme de pénurie attise les craintes les plus profondes, surtout en matière énergétique. L'an dernier, la consommation d'électricité en Suisse a pour la première fois dépassé la production indigène. «Si rien n'est entrepris rapidement, le problème de l'approvisionnement surviendra peut-être même avant 2020», a prévenu Hans Schweickhard, directeur général du groupe électrique EOS, lors de la présentation des résultats du groupe mardi à Lausanne.

Au même moment à Zurich, les milieux économiques se sont également mobilisés pour éviter cette pénurie d'électricité. «Des discussions au niveau politique doivent débuter maintenant, même si le problème d'approvisionnement n'intervient qu'en 2020. Dans ce genre de cas, on sait que les débats peuvent durer longtemps», estime Rudolf Ramsauer, président de la direction d'economiesuisse, lors de la conférence annuelle de l'organisation faîtière. Or, l'électricité revêt une importance capitale pour les milieux économiques.

«Il y a une année environ, l'industrie électrique a rendu publiques des prévisions en matière d'approvisionnement. La pénurie diagnostiquée ne fait pas l'objet d'une controverse. Or, l'idée d'un moratoire (ndlr: sur la construction de nouvelles centrales nucléaires) semble toujours dominer», relève Rudolf Ramsauer.

Pour éviter la pénurie, le lobby patronal est opposé à une sortie du nucléaire, proposition détaillée lundi par le Parti socialiste. «Ce scénario est irréaliste. Le recours aux énergies renouvelables est souhaitable, mais il n'est pas suffisant. En 2004, elles ne représentent que 4% de la production nationale d'énergie. Actuellement, 40% de la production d'électricité en Suisse vient des centrales nucléaires et on ne peut s'en passer. Leur remplacement constitue une des rares options valables si on souhaite éviter une pénurie d'approvisionnement», assure Rudolf Ramsauer.

«Il y en a marre. Marre des études académiques éternelles», a insisté à Lausanne le directeur d'EOS, exhortant également les autorités à passer à l'acte, en fixant un cadre légal et administratif clair au marché, suite au rejet par le peuple de la loi sur le marché de l'électricité en 2002. «Ne croyez pas qu'on va importer de l'électricité des éoliennes norvégiennes, ce ne sera techniquement pas possible», a poursuivi Hans Schweickhard. En effet, au-delà de la question de l'énergie nucléaire, l'arrivée à échéance des contrats d'approvisionnements à long terme avec des fournisseurs européens posera de sérieux problèmes, a confirmé le directeur d'EOS.

Ainsi, le groupe électrique prône une réponse à plus court terme avec son projet de Chavalon en Valais. Le groupe entend y construire une centrale fonctionnant au gaz naturel et produisant 2500 gigawattheures par an. Celle-ci pourrait être opérationnelle à l'horizon 2010 pour autant que les obstacles - principalement liés à la taxe CO2 - puissent être levés. Globalement, le groupe compte investir 600 millions de francs dans ses installations ces prochaines années. A une condition: que les politiciens se réveillent et adoptent une position claire. Les patrons l'exigent également.